Les 3 questions de la négociation sur les retraites complémentaires

Le MEDEF accueille aujourd’hui une réunion sur les retraites complémentaires qui est, de longue date, présentée comme critique. Les déficits filent, en effet, et comme l’a rappelé une interview d’Eric Aubin, il est plausible qu’aucun accord n’intervienne malgré la pression et l’urgence. Certaines organisations syndicales considèrent que les réserves ne sont pas encore épuisées et qu’il reste donc encore du temps avant d’agir. 

Pour mieux comprendre les blocages qui peuvent faire échouer les discussions, il n’était pas inutile, donc, de poser les trois questions utiles pour comprendre la séance. 

Qui bloque la solution aujourd’hui?

Pour qu’une négociation aboutisse, il faut qu’il existe une zone de « recouvrement » minimal des solutions possibles entre les différentes parties. C’est ce qu’on appelle la BATNA: Best Alternative To a Negotiated Agreement. En l’espèce, les différentes parties pourraient se mettre d’accord sur des mécanismes de relèvement de l’âge de la retraite, plus ou moins discrets, mais une majorité syndicale ne sera acquise que si les employeurs font un effort parallèle à celui des salariés. 

C’est ici que le bât blesse: le MEDEF refuse catégoriquement toute augmentation des cotisations. Le négociateur Claude Tendil a bien ouvert des portes sur le sujet, mais Pierre Gattaz, à ce stade, les a toutes fermées. Pour ce dernier, il est politiquement difficile de signer un texte qui augmenterait les cotisations patronales, après des mois de protestation contre l’incapacité du gouvernement à les baisser. 

Tant que le MEDEF ne cèdera pas sur ce point, un accord restera difficile. Toutefois, deux points peuvent faire consensus:un relèvement des cotisations dans un délai de trois ans accompagné d’un effort transitoire des retraités. 

Les régimes sont-ils en faillite?

Il reste des réserves pour tenir jusqu’en 2018, à conditionner de fusionner les compartiments. Pour les organisations syndicales, cet argument est essentiel: il justifie une recherche de l’accord au minimum et constitue un levier pour contraindre le MEDEF à bouger. Mieux vaut ne rien faire plutôt que de signer un mauvais accord.  

A ce stade, il est donc possible de rassurer les retraités et les cotisants en les assurant que les régimes existeront encore en 2016! En revanche, il est très probable que le sursis à signer oblige les partenaires sociaux à fusionner les régimes dès 2016, en laissant l’ARRCO absorber l’AGIRC. Il se murmure d’ailleurs que cette solution est déjà très avancée et que la CFDT a négocié étroitement une présidence de remplacement. La CFDT avait en effet acquis de haute lutte la présidence de l’AGIRC jusque-là dévolue à la CGC. La suppression de l’AGIRC devrait donner lieu à un lot de consolation: la récupération de l’APEC.  

L’Etat interviendra-t-il?

Pour l’Etat, la seule stratégie qui vaille dans ce dossier est celle du « de deux maux choisissons le moindre ».  

D’un côté, la passivité des partenaires sociaux est embarrassante puisque le déficit de l’AGIRC et de l’ARRCO pèsera sur les déficits publics. En terme d’affichage en 2016, cette dégradation ne facilite pas la tâche du gouvernement. 

D’un autre côté, une solution consistant à étatiser les régimes paritaires ne serait pas meilleure. Elle obligerait l’Etat à assumer, à un an des élections présidentielles, les mesures impopulaires de sauvetage du régime. 

Cet ensemble de raisons explique que, selon toute vraisemblance, des mesures a minima devraient sortir de la réunion d’aujourd’hui.  

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