Le projet de loi El Khomri réussit à relancer la lutte des classes

Le projet de loi sur la réforme du Code du travail promu par Myriam El Khomri suscite des réactions patronales et syndicales radicalement différentes les unes des autres. A tel point qu’il semble bien ressusciter la grande lutte des classes ! A un an des élections présidentielles, ce choix d’une éventuelle relance de la conflictualité sociale ne manque pas d’étonner. 

Le patronat remercie (à nouveau) le gouvernement

Au risque de mettre l’exécutif dans une situation inconfortable, Pierre Gattaz a fait savoir tout le bien qu’il pensait du projet de loi El Khomri. « Ce projet de loi va dans le bon sens » s’est-il félicité, lui souhaitant par conséquent d’être rapidement mis en oeuvre : « Ce que je souhaite, c’est que tout le monde prenne ses responsabilités sur ce projet de loi, les députés, les partenaires sociaux, les députés de droite et de gauche ». Pour le président du Medef, le texte gouvernemental constituerait notamment un bon outil de lutte contre le chômage : « Qui crée de l’emploi ? Ce sont les entreprises. Il faut donc baisser la double peur, celle des patrons d’embaucher et celle des salariés de se faire licencier ». En bref : le couple gouvernement-Medef se porte comme un charme. 

A la CGPME, on se déclare également satisfait du projet de loi : « À ce stade, le projet de loi El Khomri contient, c’est indéniable, certaines mesures positives pour les entreprises. » La confédération des PME salue notamment le plafonnement des indemnités aux prud’hommes et la redéfinition des motifs du licenciement économique. « Ce seraient là de véritables progrès qu’il faudrait saluer s’ils étaient effectivement votés en l’état ». Seul bémol : l’organisation de François Asselin regrette que les « avancées potentielles » : « modulation » du temps de travail ou « assouplissement des accords de maintien dans l’emploi », nécessiteraient des accords d’entreprise signés par des syndicats. Ils sont en effet rares dans les PME. Note finale selon la CGPME : 15/20. 

Des syndicats vent debout contre le projet de loi

Du côté des syndicats de salariés, la musique n’est pas tout à fait la même. La CGT reprend des couleurs (rouges) sur le dos de la ministre du Travail : « Ce texte remet fondamentalement en cause les droits et protections des salariés, au profit des intérêts financiers du patronat et des actionnaires ». Force Ouvrière n’est pas plus tendre avec le projet de loi. Cité par Libération, Jean-Claude Mailly dégaine : « De manière générale, la philosophie de ce texte, écrit par des technos libéraux qui ne connaissent pas la vie des entreprises, n’est pas acceptable ». La CGT et FO voient en particulier d’un bien mauvais oeil la possible généralisation des référendums d’entreprise : « Cela va être la foire d’empoigne dans les entreprises ». Les contestataires contestent donc. 

Ce qui est plus inquiétant pour le gouvernement, c’est que les organisations qualifiées de « réformistes » sont elles aussi très remontées contre le projet de loi. La CFDT, qui n’était pas contre le principe d’accorder plus d’importance à la négociation, refuse catégoriquement la redéfinition du licenciement économique. Par la voix de Joseph Thouvenel, la CFTC a déploré que dans le projet de loi, « le salarié devient la variable d’ajustement. De manière plus générale, on s’oriente vers une course au moins-disant social entre entreprises. » Enfin, la CFE-CGC estime que le texte est « inacceptable », précisant : « Cette réforme est déséquilibrée. Elle ne cherche qu’à sécuriser les entreprises. » Un tel unanimisme syndical a dû réchauffer le coeur de Myriam El Khomri. 

Quel risque pour le déclenchement d’un conflit social majeur ?

Toujours d’après Libération, les responsables des cinq centrales discutent d’une réponse intersyndicale. La CGT et FO ne font pas mystère de leur envie d’en découdre dans la rue. Si, dans les prochains jours, le gouvernement ne prend pas suffisamment en compte les demandes d’inflexion de la CFDT, de la CFTC et de la CFE-CGC, il est tout à fait envisageable qu’elles fassent le choix de se radicaliser elles aussi. Après les excès caloriques de l’hiver, quelques marches printanières ne feraient de mal à personne… La France traversant actuellement une situation économique, sociale et politique particulièrement troublée, un tel mouvement social pourrait avoir des conséquences aussi considérables qu’imprévisibles. 

Bien retranchés dans leurs palais républicains, les membres du gouvernement en charge du dossier n’ont sans doute pas pris la mesure exacte des risques qu’ils encourent. Misant sur la docilité des syndicats réformistes, l’exécutif entend faire de la réforme du marché du travail l’un de ses principaux arguments de campagne en 2017. A défaut d’avoir réussi à faire baisser le chômage, le président de la République fait feu de tout bois. Et pourrait bien y brûler ses dernières chances d’être présent au second tour. 

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