Le plan anti-fraude ne convainc pas tout le monde

Cet article est issu du site du syndicat de salariés FO.

Le gouvernement a présenté le 28 mars un projet de loi anti-fraude. Le texte prévoit de nouveaux outils et une extension des moyens de sanction. Reste à prouver que cela sera suffisant… 

Les nouvelles mesures annoncées par le ministère de l’Action et des comptes publics parviendront-elles à vaincre la fraude, notamment fiscale, qui prive chaque année les finances publiques de 60 à 80 milliards d’euros de recettes ? C’est en tout cas ce à quoi vise le projet de loi anti-fraude qui sera soumis au Parlement avant l’été pour une adoption envisagée avant l’automne. Ce plan de lutte qui prend donc la forme d’un projet de loi prévoit de nouveaux outils et entend renforcer les moyens de sanction. 

Parmi les mesures, la création d’une police fiscale, intégrée au ministère du Budget et visant à accroître les capacités d’enquêtes judiciaire en cas de fraude fiscale. Le texte ne dit rien en revanche sur le verrou de Bercy (poursuites judiciaires possibles seulement si le ministère du Budget dépose plainte). 

Le gouvernement souhaite aussi une harmonisation des outils de contrôle utilisés par les administrations et une intensification du partage de données à des fins de lutte contre la fraude fiscale, douanière et sociale. Le montant des amendes serait lui fixé en proportion du produit tiré de l’infraction par ses auteurs. Le système du plaider coupable, en comparution immédiate, serait quant à lui étendu à la fraude fiscale. 

Une liste noire plus pertinente ?

Il est prévu aussi de faire honte en publiant les noms des coupables de fraude dans la presse et sur internet (pratique du name and shame). Sauf décision du juge, ce sera obligatoire en cas de condamnation pénale. Seraient créées par ailleurs des sanctions (pénalités allant jusqu’à 50% des honoraires perçus) à l’encontre des tiers (avocats, sociétés de conseil…) facilitant la fraude fiscale et sociale. Ces dernières années, le conseil constitutionnel a toutefois déjà censuré des dispositifs qui visaient le même but… 

Le projet prône aussi une extension de la liste française des États et territoires non coopératifs –dite liste noire– à la liste européenne. L’objectif est de rendre la liste française plus pertinente, d’enrichir les critères pris en compte et de prévoir des sanctions contre les pays en cause. Actuellement, la liste noire de la France compte sept pays. Celle de l’Europe, neuf désormais. Elle en comptait dix-sept en décembre 2017. 

Les plateformes dans le collimateur du gouvernement

Les plateformes d’économie collaborative (Airbnb par exemple) sont aussi visées par ce projet de loi. Le texte précisera quelles plateformes seront concernées à partir de l’an prochain par la transmission obligatoire à l’administration fiscale des revenus générés par leurs utilisateurs et quels types de données elles devront fournir à l’administration. Un amendement allant en ce sens avait déjà été voté en 2016 par le Parlement rappelle le ministère qui comptabilise 276 plateformes opérant en France. 70% d’entre elles y ont leur siège social. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

PSC au sein des GIP : David Amiel répond à Nadège Havet

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par Thibault Bazin

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #4 : zoom sur les dernières grandes actus CCN santé/prévoyance

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #3 : les CCN face à l'assurance obsèques de l'enfant de -12 ans

You May Also Like
Unocam
Lire plus

L’UNOCAM s’oppose en bloc au PLFSS 2027

Nous pouvions nous y attendre, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027) ne plaît pas du tout à l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (UNOCAM). Dans sa délibération actée le 13 octobre 2026, l'organisation rend un avis pleinement défavorable au projet de loi. L'UNOCAM y dénonce les 4 Md€ de charges supplémentaires qui pèseront sur les organismes en 2027. Les cotisations payées par les assurées en...
Lire plus

Vie, retraite, santé-prévoyance : ce que le rapport de l’ACPR dit du marché 2025

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publie son panorama annuel des chiffres de la banque et de l'assurance pour 2025. C'était une année exceptionnelle pour l'assurance-vie et l'épargne retraite, tandis que la santé et la prévoyance affichent une croissance plus mesurée. Tour d'horizon chiffré du marché de l'assurance de personnes (rapport complet...

La branche de la bijouterie joaillerie orfèvrerie horlogerie BJOH revient sur le temps de travail des cadres

Les partenaires sociaux de la nouvelle CCN unifiée de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, horlogerie (IDCC 3251) ont signé un avenant n°2 révisant l'accord sur l'organisation du temps de travail. Daté du 23 juillet 2026, le texte a pour objet de réviser l’article 13 de l’accord du 3 octobre 2023 relatif à l’organisation du temps de travail et de rajouter un...

Cotisations AT/MP : le taux « entreprise » généralisé par décret

Le gouvernement vient de publier le décret qui généralise le calcul des taux de cotisation au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT/MP) au niveau de l'entreprise. Ce texte modifie le code de la sécurité sociale pour indiquer que l'entreprise « bénéficie » désormais d'un taux unique pour l'établissement ou l'ensemble des établissements, au lieu de devoir en faire la demande selon des modalités fixées par arrêté. Ce taux applicable aux...