Le Conseil constitutionnel se penche sur le (non) droit du travail en prison

Le Conseil constitutionnel examine en séance publique, à partir de mardi 15 septembre 2015, la question prioritaire de constitutionnalité 2015-485 relative à la conformité à la Constitution de l’article 33 de la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. 

Cet article dispose que « La participation des personnes détenues aux activités professionnelles organisées dans les établissements pénitentiaires donne lieu à l’établissement d’un acte d’engagement par l’administration pénitentiaire. Cet acte, signé par le chef d’établissement et la personne détenue, énonce les droits et obligations professionnels de celle-ci ainsi que ses conditions de travail et sa rémunération ». 

 

Un statut enfin examiné par les sages

L’article 33 de la loi du 24 novembre 2009 instaure un statut spécifique pour les détenus incarcérés dans les prisons françaises qui travaillent. Si le Conseil constitutionnel s’est déjà prononcé, par décision du 14 juin 2013, sur l’acte d’engagement prévu par la loi en déclarant qu’il ne s’agit pas d’un contrat de travail ; les sages n’ont jamais eu à se prononcer sur le caractère constitutionnel des dispositions de l’article 33. 

La décision de renvoi du Conseil d’Etat demande particulièrement au Conseil constitutionnel de se prononcer sur l’existence d’une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment au droit à l’emploi, à la liberté syndicale, au droit de grève et au principe de participation des travailleurs, respectivement garantis par les alinéas 5, 6, 7 et 8 du Préambule de la Constitution de 1946. 

 

Une clarification nécessaire du statut de travailleur incarcéré

Actuellement, la loi donne tous les pouvoirs à l’administration pénitentiaire pour établir unilatéralement acte d’engagement dont le contenu se limite à une description sommaire : droits et obligations professionnels de la personne détenue, conditions de travail et rémunération. 

Il ressort du texte qu’aucune garantie n’est fournie quant au respect des droits fondamentaux. L’Observatoire international des prisons dénonce des conditions de travail dérogeant à tout cadre légal, les détenus étant soumis aux décisions de l’administration pénitentiaire : « les travailleurs détenus peuvent être privés de repos hebdomadaire. Ou ne travailler que quelques heures par mois, sans compensation des heures chômées. Ils n’ont droit à aucune indemnité en cas de maladie ou d’accident du travail. Ils ne peuvent prétendre au salaire minimum, ni se prévaloir d’aucune forme d’expression collective ou de représentation syndicale. Tout ceci dans un contexte où la médecine du travail est inexistante, pas plus que le sont les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) obligatoires en milieu libre ». 

Si ce n’est pas la reconnaissance de l’existence d’un contrat de travail qui est recherché, les partisans d’une amélioration des conditions de travail en prison demandent à ce que la lumière soit faite sur le statut même de travailleur en prison. 

 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #6 : focus sur l'avenant santé n° 9 de la CCN Syntec

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la Direction Générale du Trésor parle transfert de charges et solvabilité

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #5 : l'actualité des CCN Syntec, chimie, sécurité sociale

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #8 : tolérance Urssaf et 2 régimes prévoyance à suivre

You May Also Like

La CCN des espaces de loisirs, d’attractions et culturels met en place la CPPNI

Un avenant n°77 paru au BOCC instaure la CPPNI dans la convention collective nationale des espaces des loisirs, d’attractions et culturels du 5 janvier 1994 (IDCC 1790). Il a été signé le 2 juillet 2026 par les organisations d’employeurs SNELAC, SNDLL, SPACE et SLA ; ainsi que par les syndicat de salariés Fédération des services CFDT, Syndicat national CFTC, INOVA...

Les salaires sont mis à jour pour les ouvriers du bâtiment dans les Hauts-de-France (+10 salariés)

Un accord régional relatif aux salaires applicables dans les Hauts-de-France a été conclu dans la CCN des ouvriers du bâtiment (plus de 10 salariés IDCC 1597). Le texte a été signé le 10 juillet 2026 par la FFB Hauts de France, Fédération SCOP-BTP Hauts de France et Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment Hauts de France ; ainsi que par les syndicats de salariés Union...