« L’allocation sociale unique », nouveau nom de désengagements à venir de la Sécurité sociale ?

Michel Barnier

La semaine dernière, le Premier ministre Michel Barnier a annoncé son intention de lancer une réflexion devant aboutir à la mise en place d’une « allocation sociale unique », destinée à faire en sorte que « travailler » rapporte davantage que « ne pas travailler ».

allocation sociale unique

L’air du temps étant ce qu’il est, il est tentant de se demander si ce projet d’allocation sociale unique n’annonce pas de futurs désengagements massifs de la Sécurité sociale.

Le projet d’allocation sociale unique

Lors de l’interview qu’il a accordée jeudi dernier à France 2, Michel Barnier a fait état de sa volonté d’avancer vers la création, en 2025, d’une allocation sociale unique. Destinée à la fois à garantir aux Français que « le travail paie plus que l’addition des allocations » et à « débureaucratiser » la gestion des allocations sociales, elle devrait consister en la fusion de plusieurs aides sociales déjà existantes.

Si le chef du gouvernement est demeuré vague quant à la forme que cette nouvelle allocation devrait prendre, on se souvient que, candidat à la primaire LR en 2022, il avait défendu un projet similaire et l’avait développé. Il jugeait alors que l’allocation sociale unique pourrait rassembler des aides qui sont aujourd’hui aussi bien des minima sociaux, comme le RSA ou encore certaines allocations familiales, ou des allocations contributives, comme les allocations chômage. En contrepartie de l’obtention de cette future allocation sociale unique, ses bénéficiaires devraient fournir une quantité de travail à déterminer au bénéfice de la collectivité.

Des lendemains qui devraient déchanter

Bien qu’en l’absence d’éléments plus précis au sujet de ce projet, il convienne de faire preuve de prudence dans son commentaire, il n’en demeure pas moins fort tentant de formuler l’hypothèse que ses futurs bénéficiaires ne devraient pas, dans l’ensemble, gagner grand-chose à sa création. Bien au contraire même : si l’idée du Premier ministre est de s’assurer que l’allocation est d’un montant suffisamment inférieur au niveau du salaire minimum pour qu’il soit intéressant de travailler pour ce salaire minimum, il est probable qu’elle devrait plafonner autour de 1 000 euros par mois.

Si un tel ordre de grandeur peut paraître élevé s’agissant d’un jeune préférant vivre du RSA et d’allocations diverses que d’aller travailler, il en va très différemment s’agissant d’un travailleur âgé finissant sa carrière en cumulant quelque allocation chômage et quelque aide au logement. Les perdants pourraient être nombreux. Il faut dire que la situation budgétaire de la France étant ce qu’elle est – et pour un certain temps d’ailleurs – l’exécutif escompte sans doute d’importantes économies budgétaires dans ce dossier, qui bénéficieraient notamment à la Sécurité sociale.

Un périmètre d’action pouvant être étendu

Ces économies budgétaires immédiates pourraient tout à fait, dans un second temps, en appeler d’autres. En effet, dans l’hypothèse, à prendre au sérieux, où le Premier ministre Michel Barnier devait s’inspirer de la proposition du candidat Michel Barnier à la primaire LR d’inclure des prestations contributives comme les allocations chômage dans le périmètre de celles qui seraient fusionnées dans la future allocation sociale unique, les assurés sociaux pourraient légitimement s’attendre à l’enclenchement d’un concours Lépine des prestations sociales contributives pouvant être inclues dans ce périmètre.

Alors que la forte progression, ces dernières années, des dépenses d’indemnisation des arrêts de travail, est pointée du doigt par les technocrates des affaires sociales, leur intégration au moins partielle dans ce dispositif présenterait, par exemple, d’importants avantages budgétaires. Un raisonnement comparable pourrait être appliqué dans le domaine de l’invalidité. Dès lors que le rééquilibrage budgétaire est en cause, tout revenu de remplacement peut, après tout, se trouver potentiellement concerné. L’allocation sociale unique, on le voit bien, pourrait être le moyen d’importants désengagements de la Sécurité sociale.

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