La mission impossible de Patrick Bernasconi à la tête du CESE

Patrick Bernasconi, ancien responsable du Medef, a été élu hier à la présidence du conseil économique, social et environnemental (CESE). Patron d’une PME familiale de travaux publics, il est surtout connu au sein du monde patronal pour ses engagements syndicaux. M. Bernasconi réussira-t-il à redorer le blason du CESE, souvent décrit comme étant d’une utilité incertaine ? 

Une élection tendue mais courue d’avance

A l’issue du scrutin qui s’est tenu hier place d’Iéna, Patrick Bernasconi, 60 ans, a remporté une victoire très large sur ses deux concurrents. Sur 224 votants et exprimés, il a obtenu 131 voix contre 63 pour Jean-Paul Delevoye, le président sortant, et 30 pour Gérard Aschieri, ancien secrétaire général de la FSU. Il a ainsi été élu dès le premier tour du scrutin. L’ampleur de sa victoire ne saurait pourtant masquer le climat de tension inhabituel dans lequel l’élection a eu lieu. Jean-Paul Delevoye, qui s’était posé en « gaulliste social », n’avait en effet pas voulu tirer les conséquences des multiples signes annonciateurs de sa défaite et il avait maintenu sa candidature. Amer, il a démissionné du CESE après sa défaite. 

En pilote automobile aguerri, M. Bernasconi préparait depuis longtemps cette course à la « troisième chambre ». Capitalisant sur le succès de la négociation « compétitivité et sécurisation de l’emploi », qu’il avait menée et qui s’était conclue par l’ANI du 11 janvier 2013, il avait mis sur pied un réseau de soutien à la géométrie complexe, regroupant une vingtaine d’organisations, dont celles représentant le patronat (sauf l’UPA) et quatre syndicats de salariés de tendance « réformiste » (CFDT, CFTC, CFE-CGC, UNSA). A côté de cela, Jean-Paul Delevoye faisait pâle figure, puisqu’il pouvait surtout compter sur le concours fraternel de Force Ouvrière – qui n’est décidément pas toujours dans les bons coups ces derniers temps. 

Un responsable patronal plutôt qu’un patron

Patrick Bernasconi est un Normand d’origine italienne. Né en 1955 à Domjean dans la Manche, il a grandi dans une famille d’entrepreneurs. L’affaire familiale, créée par son grand-père, était à l’origine spécialisée dans le terrassement et les canalisations. Jeune homme, c’est donc assez naturellement qu’il a été amené à suivre des études à l’école spéciale des travaux publics (ESTP). A 30 ans à peine, son père lui en confie les rênes et il la réorganise en profondeur, se concentrant sur les activités de réseaux pour fluides. Il agrandit en outre le périmètre de Bernasconi TP en prenant le contrôle de la société guadeloupéenne Aqua TP. Son groupe compte désormais près de 150 salariés, pour un CA d’environ 25 millions d’euros. 

Auprès de ses pairs, M. Bernasconi est pourtant moins connu pour ses qualités d’entrepreneurs que pour son engagement patronal. C’est d’ailleurs de loin qu’il gère aujourd’hui l’affaire familiale. Se déclarant lui-même plus intéressé par le milieu des organisations professionnelles que par la direction d’entreprise, il a tôt pris des responsabilités au sein du syndicat des canalisateurs de France, qu’il a même présidé un temps, puis au sein de la FNTP, dont il a pris les manettes en 2005. Candidat malheureux à la présidence du Medef en 2013, il y était depuis chargé d’une mission plutôt obscure, de réorganisation des structures. Certain de sa victoire au CESE, Patrick Bernasconi a récemment abandonné ses mandats patronaux. 

Une (trop) lourde tâche : réaffirmer l’utilité du CESE

Dans son premier discours, le nouveau président s’est d’abord répandu en auto-célébrations de rigueur : « Si le CESE n’existait pas, il faudrait d’urgence l’inventer », le CESE a en lui « le gène de la modernité », « le CESE, représentant de la société civile organisée, a plus que jamais un rôle majeur à jouer », etc. Puis il a insisté sur le principal objectif qu’il se fixe : remettre la place d’Iéna au centre de l’action publique. Il veut « rendre [sa] saisine incontournable sur les questions centrales qui agitent notre société ». Le pari est pour le moins ambitieux, tant le conseil véhicule l’image d’un cénacle dont la véritable utilité est surtout de financer généreusement de nombreuses associations et autres acteurs du paritarisme. 

Afin de remplir au mieux sa mission, Patrick Bernasconi pourra, certes, s’appuyer sur le fait qu’il a été très largement légitimé en interne par son bon score. Cela aide. Néanmoins, comme Jean-Paul Delevoye l’a rappelé, non sans une certaine aigreur, dans son discours de candidature, « les alliances contre-nature [sont] par essence éphémères ». Tenu par des soutiens qui vont à hue et à dia, le nouveau président du CESE aura bien des difficultés à tirer une quelconque synthèse de leurs positions. Place d’Iéna, le soufflé pourrait donc retomber tout aussi vite qu’il a gonflé. Les détracteurs de cette vénérable institution peuvent se rassurer : ils ont sans doute encore de beaux jours devant eux. 

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