La loi El Khomri aura-t-elle raison de l’unité de la CFDT ?

En saluant les inflexions gouvernementales sur le projet de loi El Khomri et en se désolidarisant définitivement des responsables de la CGT et de FO, Laurent Berger aura vraiment tout fait pour éviter le déclenchement d’un conflit social majeur. En interne, ses prises de position sont toutefois loin de faire l’unanimité, à tel point que certains évoquent des risques de scissions. 

L’émergence rapide de voix discordantes

Peu après la journée de grèves et de manifestations qui a eu lieu le 9 mars contre le projet El Khomri et que la CFDT a boudé, deux organisations importantes de la CFDT Métallurgie ont tenu à gâcher la bonne ambiance modérée qui régnait boulevard de la Villette. 

Le Symétal, qui regroupe 3000 adhérents et constitue le second syndicat le plus important de la CFDT Métallurgie, a demandé le « retrait du texte dans son état actuel ». Au micro de France Info, le secrétaire général du Symétal a même déclaré : « Les salariés ne comprennent plus et ont l’impression que la CFDT ne défend plus leurs droits. » Le ton était donné. Loyal malgré tout, le Symétal appelait à « participer très fortement à la mobilisation du 12 mars ». Une participation pas du tout encombrante pour les hiérarques confédéraux… 

Plus remontée encore, la fédération du Bas-Rhin se félicitait de sa participation rebelle à la journée du 9 mars, regrettant de ne voir dans les journaux « que des images de la CGT ». Bien lancé, le secrétaire départemental allait jusqu’à remettre en question le caractère démocratique du fonctionnement de la CFDT : « alors que la grande majorité de nos militants et adhérents sont contre ce projet de loi, il est grand temps que la CFDT écoute ceux qui la font vivre. » Rien ne va plus pour le Tiers-Etat cédétiste ! 

Une contestation qui fait tache d’huile

En interne, l’attitude critique du Symétal et de la métallurgie du Bas-Rhin a vite donné des idées à d’autres organisations. En particulier, les oppositions à la modération confédérale se multiplent au sein de la fédération de la métallurgie. Sous l’impulsion du Symétal, c’est l’ensemble de la métallurgie francilienne, représentée par l’UPSM, qui appelle désormais à prendre part à la mobilisation du 31 mars. Un responsable de la métallurgie francilienne précise : « Nous ne sommes pas tous d’accord avec l’appel au retrait du projet de loi El Khomri mais nous considérons tous qu’il faut peser le plus possible afin d’obtenir une reformulation profonde du texte ». Que des métallurgistes aient une conception plutôt virile du dialogue social n’étonnera certes pas tous nos lecteurs. 

En revanche, certains seront plus surpris d’apprendre que la colère gronde également du côté de la fédération CFDT de la culture. Très récemment, son bureau national a écrit une lettre ouverte à Laurent Berger afin de dire tout le mal qu’elle pensait de la réforme du Code du Travail. Ecrite « hors de toute concertation », elle reposerait en outre sur un « projet de société […] intolérable. » La direction de la CFDT, qui accepte la philosophie du texte gouvernemental, appréciera… Afin de faire valoir ses divergences d’approche, la CFDT culture a décidé d’appeler à la grève le 31 mars prochain. Elle voit également dans cet appel un bon moyen de « rappeler à nos responsables politiques que la CFDT peut aussi peser par sa mobilisation ». Etait-ce si nécessaire de le rappeler ? 

Quel risque d’hémorragie ?

A en croire un responsable de la métallurgie francilienne, la contestation se fait de plus en plus bruyante chez les métallurgistes. « Les choses ne se passent pas très bien en Rhône-Alpes, en Lorraine, mais pas uniquement. Evidemment, quelques unes de ces fédérations sont traditionnellement critiques à l’égard des positions confédérales. Mais la nouveauté, cette fois, c’est que certaines, qui étaient jusqu’à présent modérées, rejoignent le mouvement. » Notre interlocuteur met en garde : « Nous ne sommes pas tout à fait dans le même cas de figure qu’en 2003… Mais les tensions sont très fortes en interne sur ce projet. Il ne faut surtout pas croire que la CFDT ne rassemble que des militants modérés et toujours prêts à suivre la confédération ». 

L’avenir du projet de loi El Khomri n’est décidément pas encore écrit. 

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