La consommation de soins ne sera pas rattrapée en 2020

Cette 4e édition du baromètre impact covid-19 a été réalisée par Gerep.

Période analysée 20 janvier – 12 septembre 2020

GEREP, s’est attaché depuis le début de la crise de la Covid-19 à connaître les évolutions de consommations et de comportements de ses bénéficiaires dans ce contexte de crise sanitaire et économique qui semble ne jamais se terminer. 

À partir du 23 avril 2020, GEREP a initié un suivi de la consommation médicale sur un panel d’environ 60 000 bénéficiaires de son portefeuille. Une deuxième étude puis une troisième ont suivi en mai et juin 2020. 

Les trois premières études avaient déjà permis d’observer des chutes de près de 90 % de la consommation médicale au plus fort de la période de confinement puis le début d’une reprise. GEREP avait émis l’hypothèse d’une reprise en forme de type Logo « Nike » ; or, dès l’étude #3, nous avions pu constater qu’il n’en serait rien. 

Aujourd’hui, en ce mois d’octobre, il est possible d’avoir une vision avec suffisamment de recul puisque l’observation porte désormais sur une durée de 34 semaines. Cette 4ème étude doit surtout apporter la confirmation d’une reprise « post confinement » avec rattrapage ou sans rattrapage. 

Comme pour les éditions précédentes, nous nous sommes attachés à observer en particulier les consultations, les montures optiques, les prothèses dentaires, puis enfin l’ensemble des actes médicaux sans distinction. 

Principales conclusions de l’impact « consommation » sur la complémentaire santé

Un net recul est constaté sur les prestations en santé : -19 % sur la période étudiée (20 janvier au 12 septembre 2020) par rapport à 2019. 

Bien que l’on constate une reprise immédiate de la consommation au déconfinement, les soins qui n’ont pas pu être effectués durant la période de confinement sont perdus pour l’année 2020. 

Finalement, à l’échelle du portefeuille, si l’on considère l’ensemble des familles d’actes, il apparaît que la baisse de consommation liée à la période de confinement n’est jamais rattrapée et n’atteindra vraisemblablement pas les niveaux de 2019. 

 

Une situation contrastée selon les actes

1. Le secteur optique : -39 % sur la période étudiée (20 janvier au 12 septembre 2020) vs 2019

Un premier niveau de baisse, certainement lié à la mise en œuvre de la réforme du 100% Santé, est d’abord observé (-35 % en moyenne) avant une chute vertigineuse de 85 % de la consommation en période de confinement. Pour rappel, le secteur optique a vécu un début d’année marqué par la mise en application effective du plafonnement des équipements optiques à la suite de la réforme dite du « 100% Santé ». 

 

L’étude montre un rattrapage certainement bien présent mais « masqué » par l’impact du plafonnement des prix à 100 € (‑13% sur la période). Finalement, sur le cas particulier des montures, un fort « excédent » technique est attendu sur l’année 2020 en comparaison avec les dépenses de 2019. 

Projection : on pourrait s’attendre à un gain annuel entre 20% et 25% sur ce poste optique par rapport à 2019. 

2. Dentaire : -12 % sur la période étudiée vs 2019 (20 janvier au 12 septembre 2020)

Contrairement aux montures optiques, dès le mois de janvier, on constate que l’application de la réforme 100 % santé, qui prend en compte la position de la dent et le matériau utilisé pour les prothèses dentaires, a plutôt eu pour effet d’augmenter le montant des remboursements depuis le début d’année. Avant le confinement nous étions à +2 % d’augmentation. La période de confinement, avec la fermeture des cabinets dentaires, a réduit à presque zéro la dépense. Et, encore à contre‑courant des montures, la reprise est marquée et même si le retard n’a pas encore été rattrapé, on peut raisonnablement penser que ce sera l’un des rares postes pour lequel nous auront un rattrapage quasi-complet. 

 

3. Consultations (généralistes et spécialistes) : -18 % sur la période étudiée vs 2019 (20 janvier au 12 septembre 2020)

Le cas des consultations méritait d’être étudié car, contrairement aux deux autres postes que sont l’optique et le dentaire, il n’est pas impacté dans sa comparaison de prestations 2020 avec l’année 2019 par la réforme du 100 % Santé

  • Le chiffre de la période « avant confinement », +1 %, correspond à une inflation médicale classique.
  • Le chiffre de la période « confinement », -53 %, est moins sévère que pour les montures « optique » et les prothèses dentaires. L’explication est à aller chercher du côté de la téléconsultation qui a bien fonctionné durant le confinement et qui est désormais répandue, tant du côté de la Sécurité Sociale que du côté des complémentaires santé.
  • Enfin, le chiffre « post confinement » reflète un rattrapage partiel (-8 %), en effet :
    • Les consultations urgentes et nécessaires ont eu lieu durant le confinement.
    • Un rattrapage « total » semblait peu cohérent, au vu du nombre de consultations annulées dont le report dans le temps ne peut pas toujours être envisagé.

 

Les autres impacts

En plus, des conséquences du confinement sur la consommation en santé, d’autres événements potentiels pourraient venir impacter les régimes 2021 : 

  • La taxe Covid-19 : cette mesure, prise dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2021), prévoit un premier versement au taux de 2,6 %, puis un second au taux de 1,3 % en 2021 (soit 3,9 % sur 2 ans)..
  • Les cotisations impayées : Gerep a identifié et suivi le paiement des cotisations des 2 premiers trimestres 2020 fortement impactés par le confinement. Des retards de paiement ont été observés en lien avec le contexte économique entraînant des difficultés de paiement côté entreprise. D’autre part, certaines entreprises peuvent avoir décalé le paiement de leurs cotisations en attendant d’éventuelles mesures gouvernementales.
  • Enfin, l’une des conséquences collatérales du Covid-19 pour les salariés étant la perte de leur emploi, nous nous attendons donc à une augmentation significative de la portabilité des garanties pour les mois à venir. Si l’impact de cette portabilité, gratuite pour l’assuré et l’entreprise, peut paraître limité, son effet sur les régimes à venir est sournois. En effet, l’augmentation de la part de bénéficiaires non-cotisants au régime dégrade les résultats de l’année en cours. Ceci peut conduire à une révision à la baisse de la performance sociale de régime (augmentation des cotisations et/ou baisse des garanties) et impacter son attractivité.
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