La CGT en pleine indigestion d’adhérents

Il y a une semaine, le Canard Enchaîné affirmait que la CGT avait perdu plus d’un tiers de ses adhérents entre 2016 et 2017. Démentant l’information, certains responsables confédéraux de la centrale évoquaient une baisse plus modérée, de l’ordre de 8 %. Une querelle de chiffres qui rappelle surtout que la prospérité des confédérations françaises ne dépend pas du nombre de leurs adhérents. 

Une dégringolade…

Mercredi dernier, le Canard Enchaîné avançait une information retentissante : la CGT aurait perdu plus du tiers de ses adhérents entre 2016 et 2017. Au dernier décompte en date, celui de décembre, un peu plus de 427 000 personnes se seraient en effet acquitées d’au moins un mois de cotisation auprès d’un syndicat affilié à la CGT. Afin de bien souligner la dégringolade de la CGT, l’hebdomadaire notait qu’un an plus tôt, en 2016, la CGT revendiquait près de 650 000 adhérents. En pleine trêve des confiseurs, Philippe Martinez se retrouvait bien malgré lui sur le devant de la scène. Le secrétaire général de la CGT accusait d’autant plus le coup que l’une des trois fédérations censées avoir perdu le plus d’adhérents n’était autre que celle de la métallurgie, dont il provient et qu’il a longtemps dirigée. 

Joyeux Noël, Félix ! L’année 2018, quant à elle, se profilait sous d’excellents auspices. 

… ou une simple chute ?

Pouvant difficilement ne pas réagir à l’information du palmipède, les responsables confédéraux de la CGT ont donné des explications… pas tout à fait rassurantes. Ils ont, certes, expliqué que le chiffre de 427 000 adhérents devait être relativisé, dans la mesure où la confédération ne peut comptabiliser correctement ses adhérents qu’un an après l’exercice considéré. Pour l’année 2017, il va donc falloir attendre la fin de l’année 2018. Ceci étant dit, la CGT a reconnu qu’au décompte de décembre 2017 relatif à l’année 2017, il y avait tout de même « 8 % » d’adhérents en moins que lors du décompte de décembre 2016 relatif à l’année 2016. 

Dans cette configuration décroissante, Gisèle Vidallet, dirigeante confédérale de la CGT, a finalement jugé bon de demeurer positive : « C’est trop précoce pour donner des chiffres pour 2017, mais je ne suis pas inquiète » a-t-elle en effet déclaré à l’AFP. Après tout, il est vrai que l’on peut se demander pourquoi les responsables cégétistes devraient s’inquiéter d’une baisse des effectifs de la centrale de près de 10 %… 

Un enjeu accessoire

L’attitude quelque peu désinvolte des hiérarques de la CGT renvoie en réalité à un problème bien plus général de la vie syndicale française. Si les syndicats de base auxquels s’affilient les salariés français dépendent essentiellement, pour leur fonctionnement, des cotisations de ces derniers, ceci est beaucoup moins vrai dans le cas des organisations fédérales et, plus encore, confédérales. Bénéficiant de généreuses subventions publiques – plus de 83 millions d’euros en 2016, soit 5 millions d’euros de plus qu’en 2015 – la CFDT, la CGT, FO, la CFTC, la CFE-CGC, l’Unsa et Solidaires peuvent, pour le financement de leurs activités nationales, se permettre de ne compter qu’accessoirement sur les cotisations de leurs adhérents – c’est-à-dire, entre autres, se préoccuper peu du nombre de leurs adhérents. 

Au-delà du fait de savoir si les effectifs de la CGT ont diminué de 10 % ou de 33 %, le problème essentiel que soulève ce débat sur le nombre d’adhérents de la CGT est donc plutôt celui de l’étatisation du financement des organisations syndicales. 

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