Et si l’Education Nationale proposait de vrais apprentissages aux jeunes musulmans?

La DARES vient de publier une étude sur l’emploi chez les jeunes, qui jette à nouveau un constat sombre sur la situation française, et qui pose la question de l’intégration des populations issues de l’immigration. Face à la dégradation, une mobilisation en faveur de l’apprentissage des jeunes en difficulté aurait du sens. 

Le sombre tableau de l’emploi des jeunes, la catastrophe de l’alternance

La France, par rapport aux grands pays européens, notamment à l’Allemagne et au Royaume-Uni, battait en novembre 2014, de tristes records. 

Le taux d’emploi des jeunes entre 16 et 24 ans y était seulement de 29,4% (en baisse de 0,5% en un trimestre). Autrement dit, plus de 70% des jeunes de plus de 16 ans ne sont pas en situation professionnelle en France. En Allemagne, le taux d’emploi pour la même tranche d’âge est de 46,4%, au Royaume-Uni de 49,6%! la performance française se situe donc en fort décrochage par rapport à ses grands voisins. Seule l’Italie et l’Espagne font moins bien avec des taux inférieurs de près de 50% à la situation française. 

Dans ce panorama inquiétant, on notera la baisse constante des contrats d’apprentissage et de professionnalisation, qui manifeste la difficulté grandissante des jeunes à accéder à l’entreprise. Moins de 425.000 jeunes ont un contrat en alternance, ce qui constitue un étiage historique inquiétant au moment où la situation économique se durcit. 

La dégradation de l’offre alternante depuis quatre ans en France se vérifie à la fois en termes de crédits publics consacrés à cette mission, et en termes d’entrée des jeunes aux formations les plus courtes dans un dispositif d’alternance – le volume s’est effondré en quelques années, passant de 60% en 1992 à moins de 40% aujourd’hui, comme l’a montré une note rédigée notamment par Jean Tirole en décembre 2014 pour le Conseil d’Analyse Economique. 

Le taux de scolarisation des jeunes de 15 à 19 ans a baissé en France ces dernières années

Cette tendance à réduire l’accès des plus fragiles à l’alternace n’est que l’un des symptomes les plus visibles d’un mal profond qui gangrène le système français: la déscolarisation d’une part importante de chaque classe d’âge. Le grand public a pu retenir le chiffre moyen d’un jeune sur cinq (c’est-à-dire 150.00 jeunes par classe de 700.000) qui sort du système scolaire sans aucun diplôme. Ce phénomène extrêmement inquiétant est souvent rappelé par les politiques avec une passivité qui frôle la faute. 

En réalité, le tableau français est bien plus sombre que ces simples chiffres. Une étude bien connue de l’OCDE de 2011 a montré que le taux de scolarisation des 15 à 19 ans avait dangereusement baissé de 5 points entre 1990 et 2010 en France, passant de 89 à 84%, quand il augmentait massivement (de près de 10 points) dans le reste de l’OCDE. Ainsi, la France était à une époque très au-dessus de la moyenne des pays industrialisés. Elle se situe à la moyenne aujourd’hui. 

Cette statistique illustre une fois encore le décrochage français intervenu depuis les années 90, qui a consisté à éloigner une part grandissante de ses classes d’âge non seulement de l’emploi, mais de l’école elle-même. 

Les enfants d’immigrés, premières victimes de cette précarité scolaire

L’Education Nationale a assez peu documenté, au fond, le profil sociologique des décrocheurs scolaires, comme si elle évitait d’y penser ou de s’y intéresser. Il faut puiser dans les ressources de l’INSEE pour commencer à trouver des documents qui permettent de mieux répondre à la question: quelles sont les populations les plus exposées à l’échec scolaire et au décrochage? 

Une étude de 2012 sur les statistiques de 2008 a toutefois permis de confirmer ce que chacun pressent: les enfants d’immigrés sont au coeur de ce gâchis scolaire. L’étude indique d’ailleurs que ce ne sont pas tous les enfants d’immigrés qui souffrent plus que les autres de l’échec scolaire, mais plutôt certains enfants d’immigrés: les Italiens, les Espagnols, les Turcs et les Algériens… et les populations subsahariennes. Les immigrés d’origine asiatique ne connaissent pas de handicap particulier. 

L’intérêt de cette étude est d’apporter une première quantification sur des cohortes statistiquement significatives. Elle montre, par recoupement, que l’échec scolaire est un fléau qui touche majoritairement les populations immigrées de confession ou d’éducation musulmane. Compte tenu du contexte français, chacun mesure immédiatement le risque auquel les failles du système scolaire français exposent l’ensemble du pays. 

Pour un grand plan d’alternance contre le décrochage scolaire

La note du CAE de décembre 2014 exposée plus haut plaidait pour une concentration des moyens publics sur l’alternance à destination des populations scolairement les plus fragiles. Avec le recul des deux semaines qui viennent de s’écouler, cet appel paraît de bon sens, et il devient urgent de prende à bras-le-corps le problème du décrochage scolaire dans les milieux issus de l’immigration. 

L’expérience démontre une fois de plus que l’oisiveté est mère de tous les vices. La France ne sortira de son ornière éducative qu’en remettant ces jeunes exclus sur la voie de l’emploi par le recours à une alternance salvatrice. 

La balle est aujourd’hui dans le camp de l’institution scolaire. 

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