Eric Aubin: « un accord sur les retraites complémentaires est envisageable »

Branches Info & Tripalio a interrogé Eric Aubin, responsable de la CGT sur les questions de retraites et de protection sociale.

 

1° la négociation retraites complémentaires commence cette semaine. La CGT imagine-t-elle signer un texte?

Nous aurons tout d’abord une discussion sur la méthode de négociation que la CGT conteste depuis maintenant plusieurs années. Il semble que les conditions d’un accord soient créées, notamment sur le lieu de la négociation qui pourrait être au GIE AGIRC/ARRCO. Il n’y aurait pas de séance de nuit, une concertation aura lieu sur la construction du texte de référence. La CGT portera aussi l’exigence qu’il n’y ait pas de bilatérale pendant les séances plénières. 

Sur le fond, nous sommes d’accord sur le constat qui consiste à mettre en avant le fait que les réserves de l’AGIRC arrivent à épuisement en 2018, celles de l’ARRCO en 2027. A partir de ce constat, nous avons construit nos propositions avec le souci d’assurer la pérennité des régimes. 

La CGT se rendra à ces négociations avec la volonté d’être entendue pour assurer l’équilibre des régimes de retraites complémentaires, stopper la chute du niveau des pensions des retraités et améliorer le taux de remplacement qui s’est considérablement dégradé depuis 1993, date de la première réforme des retraites dites « réforme BALLADUR ». Dans ces conditions, un accord pourrait être trouvé et la signature de la CGT envisageable. 

 

2° que pensez-vous d’une fusion de l’AGIRC et de l’ARRCO?

Nous y sommes très hostiles pour 5 raisons : 

– 1) Selon tous les acteurs, la fusion ne règle rien au problème du financement 

– 2) La fusion ferait porter sur les non-cadres la solidarité envers les cadres, c’est-à-dire une solidarité à l’envers. 

– 3) Le statut de cadre serait en danger car c’est le rattachement à l’AGIRC qui permet le statut cadre.  

– 4) Il n’y a aucune garantie que la fusion permettrait une baisse des coûts de gestion comme certains l’affirment. 

– 5) il y aurait remise en cause de la Garantie minimale de point (GMP) à l’AGIRC qui permet d’avoir un minimum de retraite AGIRC pour les bas salaires des cadres. 

 

3° les cadres se plaignent de la détérioration de leur taux de remplacement à la retraite. Quels remèdes la CGT propose-t-elle?

Pour la CGT, cette plainte se confirme par des chiffres qui montrent une véritable détérioration du taux de remplacement.  

Ce dont souffrent les régimes de retraite, c’est de manque de ressources. C’est la raison pour laquelle la CGT défend cinq propositions qui visent à reporter à plusieurs décennies l’épuisement des réserves tout en améliorant la situation des retraités. Ces propositions sont : 

    • L’élargissement de l’assiette de cotisations aux revenus non soumis à cotisations, notamment, la participation, l’intéressement, l’épargne salariale.
    • La modulation des cotisations en fonction du rapport masse salariale/valeur ajoutée et les politique en matière d’emploi et de salaire.
    • La mise à contribution des revenus financiers des entreprises
    • L’engagement d’une égalité salariale entre les femmes et les hommes d’ici à 2024
    • L’harmonisation des taux de cotisations au-dessus du plafond de la sécurité sociale sur ceux en dessous du plafond de la sécurité sociale, soit une augmentation de 2,45% à répartir entre la partie patronale et la partie salariée.

4° vous participerez également à la négociation sur les droits rechargeables de l’assurance chômage. Qu’avez-vous à dire aujourd’hui sur le financement de ce régime?

Au même titre que toutes les caisses de la protection sociale, le déficit cumulé de l’Unedic va dépasser les 20 milliards. Le chômage massif et la crise viennent amplifier le besoin de financement. 

La dernière négociation sur la convention d’assurance chômage permet une économie de 800 millions d’euros sur le dos des demandeurs d’emploi. Les droits rechargeables, tels qu’ils ont été prévus dans cette convention n’y sont pas pour rien. 

La CGT a porté la revendication des droits rechargeables et a alerté sur les conséquences d’une application telle que prévue. Après quelques mois de mise en œuvre, le constat est que près de 500 000 demandeurs d’emploi, selon une note de l’Unedic de juin 2014, seraient victimes de cette mesure. 

Nous avons alors alerté l’opinion publique après les signataires et une réunion du groupe paritaire politique doit se réunir le 3 mars prochain pour redéfinir les règles d’application de ces droits rechargeables. 

Il nous revient maintenant de créer les conditions d’un véritable progrès social pour les demandeurs d’emploi. Ceci avec un double objectif, inciter à la reprise d’un emploi et sa prise en compte pour un allongement de la durée d’indemnisation selon un calcul favorable aux demandeurs d’emploi.  

 

 

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