Dans le BTP, les HLM et agences immobilières, quels sont les effets de la crise ?

Cette publication provient du site du syndicat de salariés CFE-CGC.

Par Lionel Malaterre, président de la Fédération CFE-CGC Construction. 

TROIS SYNDICATS REPRÉSENTÉS« La Fédération CFE-CGC Construction représente trois syndicats dont les deux principaux sont le Syndicat national de l’urbanisme, de l’habitat et des administrateurs de biens (SNUHAB), qui regroupe toute la partie immobilière dont les offices HLM et les agences immobilières ; et la CFE-CGC BTP qui inclut, entre autres, le bâtiment, les travaux publics, les carrières et matériaux, les autoroutes, les architectes. Le troisième syndicat (SOGINORPA) est une petite émanation mono-société rattachée historiquement aux Houillères du Nord. »TÉLÉTRAVAIL DANS LES GRANDES ENTREPRISES« L’activité s’est nettement arrêtée dans notre secteur du fait de la prise de conscience du risque et aussi à cause du manque de matériel de protection. Dans les grandes entreprises, la grande majorité des salariés s’est retrouvée en télétravail, avec des réductions d’activité dans certains cas. Je travaille dans une filiale du groupe SPIE qui intervient sur le nucléaire : globalement, les opérations de maintenance ont continué. Par contre tout, ce qui était travaux s’est arrêté. » 

ADAPTATION DANS LES TPE« Dans les très petites entreprises, les entrepreneurs se sont heurtés à la difficulté d’intervenir chez des particuliers dont certains n’étaient pas très chauds pour voir arriver des artisans et des ouvriers. À quoi s’ajoute la problématique de la coactivité. Sur un même chantier, il y a souvent plusieurs entreprises qui interviennent en même temps et qui sont interdépendantes, l’électricien ne pouvant agir que si les planchers sont présents, le plombier devant attendre que les murs soient montés, le plaquiste intervenant au milieu. Il y a aussi, suivant la taille, un échafaudeur et, pour coordonner tout cela, des réunions de chantier qu’il est difficile de mener à distance. »UN GUIDE CONTROVERSÉ« L’OPPBTP, l’organisme de prévention du BTP, a corédigé un guide des mesures de protection avec les organisations syndicales. Il a été soumis aux ministères du Travail et de la Santé. Quand il est ressorti de leurs services, nous nous sommes désolidarisés de son contenu en estimant qu’il avait été édulcoré par le gouvernement. De toute façon, quand vous êtes sur un chantier, l’application des mesures barrière est compliquée. L’électricien a son propre tournevis mais toute l’équipe se partage le matériel électroportatif. Comment le désinfecter entre chaque salarié ? Les échafaudages ont des paliers de 60 cm de large qui rendent le croisement complexe. Et quid des barreaux d’échelle ? On met des gants, mais si les gants sont contaminés… Un vrai casse-tête ! »  

LA FORTE IMPLICATION DE PRO-BTP « PRO-BTP, l’organisme de protection sociale créé par la profession, a pris la mesure de la gravité de la situation en prenant deux mesures essentielles. D’une part, une exonération de cotisation prévoyance et santé pour les salariés et les entreprises en activité partielle (chômage partiel) avec maintien des garanties, à condition bien sûr d’avoir souscrit ces garanties auprès de PRO-BTP. D’autre part, la prise en charge au titre de la garantie arrêt de travail (GAT) des arrêts de travail dérogatoires (garde d’enfant, quatorzaine, personnes fragiles ou vivant avec une personne fragile) qui ne sont normalement pas prévus au contrat. Cette GAT, ou mensualisation dans le jargon PRO-BTP, est un contrat que peuvent souscrire les TPE pour couvrir les arrêts maladie des salariés, les conventions collectives prévoyant un maintien de salaire à 100 % du net sur les trois premiers mois, indemnités journalières de la Sécurité sociale comprises. Pour ne pas pénaliser les salariés, le maintien de salaire a été total alors que la loi prévoyait 90 %. On parle là d’un effort de plus de 220 millions d’euros sur les mois de mars, avril et mai ! Je pense que le fait que PRO-BTP ait pris en charge les arrêts Covid-19 des petites entreprises en a sauvé un nombre important. »LE POINT SUR LES HLM« Certains offices HLM avaient un peu de matériel de protection et ont conservé le travail des gardiens pour sortir les poubelles, désinfecter les portes, entretenir les espaces communs. D’autres ont fait appel à des sociétés privées pour toute la manutention à risque, les gardiens s’occupant de maintenir le lien social avec les résidents, notamment les plus fragiles, et de répondre aux demandes urgentes des locataires malgré parfois la peur d’être à leur tour contaminés. Concernant la construction de nouveaux HLM, il y a eu un coup d’arrêt mais cela va redémarrer. Mon inquiétude porte davantage sur les programmes de rénovation qui vont dépendre beaucoup du niveau des moyens des offices. Qui plus est, s’agissant de la rénovation en sites occupés, les locataires vont-ils accepter de laisser les entreprises entrer chez eux ? On retombe sur les mêmes inquiétudes. »UN INÉVITABLE CONTRECOUP À ATTENDRE« Le BTP est un genre de paquebot : quand on coupe les moteurs, il continue sur sa lancée mais il finit par s’arrêter et les moteurs ne redémarrent pas comme ça. Personne ne sait à quelle vitesse les choses vont reprendre. Les dépôts de permis de construire qui n’ont pas pu être faits depuis mars sont des travaux que nous n’aurons pas cet automne. Après toutes leurs dépenses imprévues liées au coronavirus (fournitures de masques à leurs administrés, équipement des écoles…), les mairies vont-elles encore avoir des budgets de travaux publics ? Le contrecoup sur le bâtiment va venir plus tard. » 

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