Chic! l’homéopathie ne sera bientôt plus remboursée

La Haute Autorité de Santé a transmis à trois laboratoires spécialisés dans l’homéopathie (Boiron, Lehning et Weleda) un projet d’avis sans surprise. Saisie depuis plusieurs mois, cette Autorité, qui est contrôlée par les allopathes, proposerait de dérembourser l’homéopathie pour des raisons scientifiques. Elle fait ainsi écho à la campagne de dénigrement menée depuis plusieurs mois par des dizaines de médecins. Entretemps, le gouvernement a adapté en urgence les décrets fixant le champ de compétence de la Haute Autorité pour rendre cet avis possible et légal. Voici pourquoi il faut se réjouir de cette décision…

 

Le probable déremboursement de l’homéopathie (dont l’annonce était cousue de fil blanc depuis que des allopathes avaient lancé une tribune sanglante pour expliquer que cette thérapie relevait du charlatanisme) ne réjouit pas tout le monde. En particulier, le laboratoire Boiron a fait suspendre hier sa cotation en bourse, après que le projet confidentiel d’avis de la Haute Autorité de Santé préconisant le déremboursement a été divulgué dans la presse. 

Pour Boiron, c’est un peu la curée, ce qui illustre une fois de plus l’étroite dépendance entre les laboratoires pharmaceutiques et la sécurité sociale, au point que les intérêts des uns et des autres semblent se confondre. 

Le sot projet de ne plus rembourser l’homéopathie

En soi, la stupidité que constitue le déremboursement de l’homéopathie n’est un mystère pour personne. Beaucoup de Français choisissent de recourir à ces produits peu coûteux pour se soigner. On peut penser qu’il s’agit de superstition ou de placebo, et décider de ne plus rembourser ces produits (pourtant prescrits par de nombreux médecins généralistes). Après tout, pourquoi pas? 

Mais dans une recherche de l’équilibre dans les comptes publics (malmenés cette année par les mesures en faveur des Gilets Jaunes), dérembourser l’homéopathie signifie pousser beaucoup de Français à consommer des produits allopathiques bien plus coûteux pour la collectivité. Et voilà comment, au nom de dogme de la rationalité scientifique, on crée du chômage (Boiron anticipe un plan de suppression d’emplois), des Français mécontents, et des trous dans les comptes de la sécurité sociale. 

Pourquoi être heureux pas cher, quand on peut être malheureux en dépensant beaucoup d’argent? 

Pourquoi le déremboursement de l’homéopathie est une bonne nouvelle

Malgré les apparences, le déremboursement de l’homéopathie reste sur le fond une bonne, et même une excellente nouvelle. Plusieurs arguments plaident en ce sens. 

Le premier tient au reflux que la sécurité sociale annonce dans ses remboursements. Depuis une trentaine d’années, l’idéologie du tout sécurité sociale domine en France. La décision qui devrait tomber prochainement sur l’homéopathie amorce une inversion (qui a tout de la réaction aristocratique connue en France dans les années 1780). D’un côté, la médecine sérieuse, rationnelle, scientifique, qui a le droit aux fonds publics. De l’autre, la superstition, le charlatanisme, les croyances populaires qui sont à peine tolérées mais doivent être exclues des circuits officiels. 

On se réjouit que les ayatollahs de la sécurité sociale qui tiennent la technostructure poussent désormais leur logique ségrégative et méprisante jusqu’à sortir des garanties aux assurés tout ce qui ne correspond pas aux canons de la verticalité scientiste. 

Enfin, le reflux! enfin, la fin d’une expansion permanente dans le champ d’intervention du monopole public. Quel plaisir de regagner un peu de liberté dans nos choix! 

Dérembourser libère

Car, et c’est bien la deuxième raison qu’on aimerait invoquer pour soutenir l’intérêt du déremboursement de l’homéopathie: l’homéopathie est désormais au pied du mur. Elle doit prouver qu’elle a les reins suffisamment solides pour exister sans l’intervention du « papa Etat » et de la « maman sécu », ces parents protecteurs qui ont décidé d’étouffer la vie de leurs enfants à force de règles plus ou moins morales et de protections plus ou moins biaisées. 

Pour y parvenir, elle ne manque pas d’atout. Elle bénéficie d’une image positive dans le grand public. Elle propose des produits bien distribués, et peu coûteux. Elle est désormais en concurrence avec un système déficitaire dont l’image est ternie par de multiples affaires (corruption de médecins, médecins en garde à vue pour faute ou crime, médicaments toxiques pour la santé). 

Dans cet ensemble favorable pour son développement, l’homéopathie peut se reposer sur la conviction assez bien argumentée par des études économiques que les Français sont prêts à dépenser en moyenne 40 euros par mois pour s’assurer sur des garanties spécifiques en santé. 

Le défi du remboursement vertical pour les assureurs

Pour les assureurs, le déremboursement de l’homéopathie, qui heurte de plein fouet une garantie appréciée des assurés, est un défi à relever. Peu d’assureurs plaident pour avoir le droit d’être opérateurs directs en santé, sans intervention de la sécurité sociale. La Haute Autorité de Santé a tranché pour eux: en « dégradant » l’homéopathie, elle inaugure l’inconnu du remboursement complètement libre sur le marché, sur une prestation qui relève de l’aléa et n’est pas vraiment entachée d’anti-sélection. 

On s’en félicitera. L’imagination peut enfin être au pouvoir. Et les assureurs vont pouvoir imaginer leur métier sans concurrent monopolistique et régulateur dans le domaine de la santé. 

Au passage, ce précédent ouvre une question sensible: le remboursement de l’homéopathie relèvera-t-il encore de l’assurance santé, dès lors que la sécurité sociale conteste à ces granules tout pouvoir thérapeutique? Ce faisant, faudra-t-il vraiment un agrément santé en assurance pour rembourser? Joli sujet à méditer… 

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