Budget 2026 : des réactions paritaires très clivées

ouvriers intérim

Portant largement sur le monde du travail et sur la protection sociale, les mesures d’économies annoncées mardi par le Premier ministre François Bayrou pour son budget 2026 ont suscité bien des réactions du côté des partenaires sociaux.

Au franc soutien patronal aux annonces de François Bayrou s’oppose le refus frontal des représentants des salariés d’un budget jugé injuste et inefficace.

« Je dis : bravo Bayrou ! » (Patrick Martin)

Dans la foulée de la déclaration de François Bayrou, Patrick Martin, le président du MEDEF, est intervenu sur LCI afin de commenter les annonces du chef du gouvernement. Il s’est montré dithyrambique à leur endroit et à celui du Premier ministre. Il a ainsi qualifié les mesures proposées par Matignon de « lucides, courageuses et équilibrées ». Il a estimé très positif le fait qu’elles n’aillent pas dans le sens d’un alourdissement des prélèvements obligatoires sur l’économie. S’agissant de la suppression de deux jours fériés, le patron du MEDEF a concédé « une charge symbolique très forte » mais a toutefois salué « le message principal » envoyé par cette suppression : « il faut travailler plus ». «Il n’y a pas de miracle, il faut travailler plus, ne serait-ce qu’en s’alignant sur des systèmes de pays voisins » a-t-il enfoncé le clou. Décidément bien lancé, Patrick Martin a tenu à féliciter François Bayrou : « Je dis : bravo Bayrou ! » a-t-il lancé.

Du côté de la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), le ton a été proche de celui du MEDEF. Interrogé sur FranceInfo à la suite de la prise de parole du Premier ministre, Eric Chevée, le vice-président de l’organisation, a fait part de sa satisfaction quant au fait que le plan comptable de Matignon repose sur une volonté de contraindre la dépense publique : « Nous saluons les mesures courageuses qui cassent la spirale infernale de l’augmentation des dépenses publiques ». D’autre part, il a fait part de son accord avec le principe selon lequel « financer notre modèle social » et « diminuer enfin notre dette » suppose en premier lieu, et surtout, de travailler davantage. « Côté CPME, nous allons essayer de l’accompagner au mieux. Nous soutenons cette mesure » a insisté Eric Chevée.

Dans l’ensemble, l’U2P, la confédération patronale des indépendants, s’est, elle aussi, félicitée de voir Matignon proposer des mesures de rigueur budgétaire et d’accroissement de la quantité de travail du pays. A la différence, certes, du MEDEF et de la CPME, l’U2P a néanmoins tenu à exprimer sa « vigilance » concernant les perspectives de plusieurs mesures annoncées par François Bayrou, comme les conséquences fiscales pour les entreprises n’étant pas sous forme sociétaire de la reconduction des barèmes 2025, l’éventuelle remise en cause de taux réduits de TVA ou encore une possible hausse de la contribution de solidarité pour l’autonomie. Mais, pour l’U2P, l’essentiel est ailleurs dans cette affaire : « Le principal mérite des deux plans présentés par le Premier ministre est d’apporter enfin des réponses à l’impérieuse nécessité de maîtriser notre dette et à l’urgence de relancer la production » a-t-elle déclaré. « L’U2P ne peut que partager les objectifs visant à redresser les comptes publics et les comptes sociaux, à accroître l’activité économique et à simplifier la vie des entreprises » a-t-elle ajouté.

« Année noire », « musée des horreurs » et budget « d’austérité »

Si le patronat français s’est fait très élogieux à l’encontre du Premier ministre et de sa démarche budgétaire, le son de cloche a été radicalement différent au sein de la représentation des salariés. Tous les représentants des organisations syndicales de salariés ont dénoncé le plan défendu par Matignon. Dans un communiqué publié juste après l’intervention de François Bayrou, Force Ouvrière a dénoncé « la rigueur et l’austérité » qu’il entend imposer aux salariés. Pour FO, « la facture du quoi qu’il en coûte ne doit pas peser sur les travailleurs ». De la même manière, la CGT a fustigé un « chantier aussi brutal qu’idéologique » et une « fuite en avant austéritaire », ouvrant « une année noire pour le monde du travail ». Tout aussi critique, Marylise Léon a dénoncé ce matin, sur France Inter, le « musée des horreurs » que constitue le budget du Premier ministre. « Les travailleurs comprennent que la situation est exceptionnelle, mais il faut que les efforts soient partagés. Et aujourd’hui, ce n’est absolument pas le cas » a-t-elle jugé.

Dans le détail, les syndicats de salariés dénoncent l’ensemble des mesures annoncées par le Premier ministre, notamment le gel des prestations sociales, les mesures d’économies sur les dépenses de santé, la renégociation annoncée de l’assurance chômage, les réductions d’effectifs dans la fonction publique ou encore la suppression de deux jours fériés. Concernant ce dernier point, Cyril Chabanier, le président de la CFTC a déploré l’approche qui est celle du Premier ministre concernant la quantité de travail des Français : « avant de supprimer des jours fériés, il faut travailler sur le taux d’emploi », a-t-il expliqué, évoquant notamment le cas des jeunes et des seniors. Pour la CFE-CGC, François Hommeril a raillé le « fantasme » que constitue d’après lui l’idée selon laquelle l’accroissement du nombre d’heures de travail impliquait nécessairement la hausse de la production économique nationale.

On relèvera enfin que, pour les syndicats, l’absence de mise à contribution des entreprises et des très hauts revenus ne passe pas. « Pour les entreprises ou les plus riches, rien de chiffré. C’est le donnant-donnant version exécutif » tonne ainsi FO. De son côté, la CFDT a posé la question du contrôle de l’usage du crédit impôt recherche : « On sait que des entreprises en bénéficient mais ne font pas de recherches. Elles doivent rendre des comptes ». « Au lieu de mettre à contribution ceux qui sont responsables du déficit, les plus riches et les grandes entreprises qui ont bénéficié de 73 Milliards de baisse d’impôts chaque année et touchent 211 milliards d’aides publiques, le gouvernement fait encore payer l’addition aux travailleuses et aux travailleurs, aux retraités et précaires » s’insurge à ce sujet la CGT.

La rentrée de septembre pourrait, en somme, être plus animée que la précédente.

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