Avec le remaniement, la protection sociale reprendra une petite louche de bureaucratie

Ceux qui n’escomptaient pas grand chose du remaniement ministériel annoncé depuis des semaines avaient bien raison de se désintéresser de cette mise en scène macronienne : elle vient confirmer que le pouvoir en place n’a plus grand chose à dire aux Français.

Pour ce qui concerne la protection sociale, le remaniement conforte ainsi les conditions du renforcement de sa bureaucratisation tendancielle.

Un remaniement pour « le retour du politique »

Commentant le remaniement ministériel voulu par le Président de la République, Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, a considéré qu’il signifiait « le retour du politique ». Ce jugement semblait se rapporter au remplacement des ministres peu rompu aux arcanes politico-administratives par d’autres, davantage issus du sérail. D’après Olivier Véran, cette nouvelle donne permet de « renforcer des segments fondamentaux pour la vie des Français ».

Au premier coup d’œil, la tournure prise par le remaniement dans le domaine de la protection sociale paraît accréditer le propos du porte-parole du gouvernement. En effet, en remplaçant l’énigmatique et transparent Jean-Christophe Combe par Aurore Bergé, jusqu’alors chef des députés macronistes – autrement dit : une figure du camp présidentiel – l’exécutif a bel et bien signé un certain retour du politique pour la détention de ce portefeuille. On s’interrogera, certes, sur la portée de ce dernier. En effet, s’il est vrai qu’il intègre désormais les questions familiales, il n’apparaît toutefois pas évident, en l’état, qu’il sera au cœur de l’action réformatrice du gouvernement dans les prochains mois.

Le sort incertain de l’Autonomie

Ceci est d’ailleurs d’autant moins évident qu’aux dernières nouvelles, le portefeuille concédé à Aurore Bergé ne comprend pas les questions liées aux personnes handicapées et à l’autonomie. Les premières reviennent à Fadila Khattabi, députée de la Côte d’Or et présidente de la commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale. D’ores et déjà lestée d’un beau boulet pour une ministre chargée de questions sociales – une condamnation aux Prud’Hommes pour heures supplémentaires non payées – Mme Khattabi ne devrait guère faire d’étincelles à son poste. Elle constituera probablement une proie facile pour les services administratifs qu’elle va devoir manœuvrer.

Ce matin, le sort réservé à l’Autonomie demeure incertain. Si la page Wikipédia d’Aurore Bergé indique qu’elle ressort également du portefeuille de Fadila Katthabi, ceci devra toutefois être confirmé par la suite. Quoi qu’il en soit, ce flou entourant le sort des questions relatives à l’autonomie ne semble pas devoir annoncer sa mise en exergue comme l’un des fameux « segments fondamentaux pour la vie des Français ». Là encore, cet enjeu, pourtant appelé à avoir une importance croissante dans les prochaines années, paraît promis à une prise en charge étatique bien davantage bureaucratique que politique.

Un technocrate des affaires sociales à la Santé

Pour des raisons différentes, la situation devrait être semblable dans le cas du portefeuille de la Santé. En décidant, en effet, de nommer Aurélien Rousseau comme ministre de la Santé, à la place de François Braun, le pouvoir a clairement fait le choix d’un traitement technocratique de ce pan fondamental de la protection sociale des Français. Car avant d’être le directeur de cabinet du Premier ministre Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau, marqué à gauche, a dirigé l’ARS de l’Île-de-France entre juillet 2018 et juillet 2021. Il est d’ailleurs en couple avec Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée de la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) – poste qu’elle pourrait, soit dit en passant, être amenée à quitter rapidement, du fait des nouvelles responsabilités de son conjoint.

Enarque serviteur de l’Etat social, Aurélien Rousseau partage fort probablement l’opinion communément admise dans ce milieu professionnel, selon laquelle les affaires sociales sont nécessairement des affaires d’Etat, des affaires dans le cadre desquelles toute intervention d’origine non technocratique – qu’elle soit privée ou politique – emporte toujours quelque aspect suspect. L’arrivée d’Aurélien Rousseau à la Santé confirme que, pour la macronie, les questions politiques les plus sérieuses ne peuvent être convenablement appréhendées que par des experts issus de la haute fonction publique.

Le verrou budgétaire

On l’a compris : pour ce qui concerne les portefeuilles liés à la protection sociale, le remaniement ministériel qui vient d’avoir lieu devrait, selon toute hypothèse, moins emporter un quelconque « retour du politique » qu’un accroissement – suivant différentes modalités – de la pression bureaucratique qui s’exerce sur ce pan considérable de l’action publique. Trait distinctif du macronisme, l’étatisation de la protection sociale devrait progresser encore et toujours.

Et si, d’aventure – hypothèse fort improbable – l’un ou l’autre des nouveaux visages ministériels de la protection sociale en venait à ressentir l’envie de faire entendre une voix plus distinctement politique sur ce thème, que chacun soit d’emblée rassuré : il n’en aurait aucunement les moyens. En effet, la situation budgétaire du pays étant ce qu’elle est, l’heure, pour l’exécutif, est à l’affichage d’une grande rigueur dans la gestion comptable. Devant composer avec ce verrou budgétaire, les ministres des affaires liées à la protection sociale trouveront sans doute du réconfort dans le renforcement des procédures bureaucratiques de gestion des dossiers qui leur incombe.

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