Le congé parental est un droit fondamental individuel rappelle la Cour de justice

En une seule affaire, la Cour de justice de l’union européenne vient d’une part, rappeler que le congé parental est un droit fondamental individuel et d’autre part, que ce congé parental doit être exempt de discrimination fondée sur le sexe. La décision a été rendue le 16 juillet 2015 par la quatrième chambre, la Cour était saisie d’un renvoi préjudiciel ayant pour objet l’interprétation des directives (Directive 96/34 modifiée) concernant l’accord-cadre sur le congé parental (JO L 145, p. 4) ainsi que la directive relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (Directive 2006/5/CE). 

 

Un double refus de congé parental à l’egard d’un homme magistrat

Le litige, qui est à l’origine de la transmission de la question préjudicielle, opposait un magistrat et le Ministre de la justice Grec, à propos d’un refus d’octroi de congé parental. Le requérant, soumis au code relatif au statut des magistrats, avait demandé 9 mois de congé parental postérieurement à la naissance de son enfant. Il s’était vu refusé cette demande au motif que ce congé ne pouvait être accordé qu’aux femmes magistrats. Un premier recours devant les juridictions grecques avait donné raison au père, l’affaire a donc été renvoyée devant l’administration. Le magistrat formula alors une nouvelle demande, mais encore une fois, il se confronta à un refus du ministre, cette fois-ci au motif que son épouse n’exerce aucune profession. Le magistrat se retrouva à nouveau devant le juge pour obtenir son congé parental. 

Au court de l’examen de validité de ce second refus par la juridiction de renvoi, une question préjudicielle se pose. En effet, il est ressorti du débat que le droit grec (disposition du code des fonctionnaires en cause) est peut être non conforme aux directives susvisées. En effet, le code des fonctionnaires dispose que les hommes magistrats n’ont pas droit au congé parental lorsque la mère de l’enfant est sans emploi. 

 

Une réglementation grecque doublement non conforme au droit de l’union

Pour l’avocat général, ses conclusions répondent négativement, la réglementation en cause n’est pas conforme aux directives précitées dans le sens ou « la réglementation prévoyant qu’un magistrat de sexe masculin n’a pas droit à un congé parental lorsque son épouse ne travaille pas ou n’exerce pas d’activité professionnelle » s’oppose au droit européen du congé parental ainsi qu’a l’égalité homme/femme. 

La Cour de justice, dans ses observations préliminaires, évoque avant tout le fait que cette directive a pour vocation à s’appliquer à un fonctionnaire. Elle précise ensuite que le congé parental est un droit individuel, accordé aux hommes et aux femmes en raison de la naissance ou de l’adoption d’un enfant pour pouvoir s’occuper de cet enfant pendant au moins trois mois. Le paragraphe 33 s’attarde sur l’explication de ce droit qui est individuel, c’est-à-dire que chaque parent est titulaire de ce droit, sans que la situation de l’un ou de l’autre n’affecte l’exercice de ce droit. Comme c’est une prescription minimale, les lois nationales des Etats membres doivent obligatoirement la respecter et donc conférer ce droit à tout ceux qui en sont détenteurs. 

De ce fait, en l’espèce, la situation professionnelle du conjoint ne peut en aucun cas altérer l’exercice du congé parental du demandeur. A ce titre, la Cour rappelle pourquoi le congé parental existe, c’est notamment afin de concilier vie familiale et vie professionnelle et se consacrer aux responsabilités familiales. 

La Cour relève ensuite que la réglementation grecque est contraire au respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, car l’article de loi ne s’adresse qu’aux hommes fonctionnaires et non aussi aux femmes fonctionnaires. L’arrêt souligne son argumentaire quant à l’égalité entre le père fonctionnaire et la mère. 

Par conséquent, l’article du code des fonctionnaires grec selon lequel « un fonctionnaire est privé du droit à un congé parental dans la situation où son épouse ne travaille pas ou n’exerce aucune profession, à moins que, en raison d’une maladie grave ou d’un handicap, celle-ci ne soit jugée comme étant dans l’incapacité de faire face aux besoins liés à l’éducation d’un enfant » est jugé contraire à l’interprétation des directives relatives au congé parental et à l’égalité des sexes dans le monde du travail. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #4 : zoom sur le médico-social non lucratif

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la FNIM parle du poids des normes prudentielles sur les mutuelles

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #11 : 4 jurisprudences "CCN" à connaître

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : le HCAAM revient sur l'impact de la généralisation de la complémentaire santé

You May Also Like

Kereis lance une offre santé pour les TPE et PME

Ce communiqué a été publié par Kereis. Kereis, acteur majeur de la prévoyance et de la santé en France et en Europe, franchit une nouvelle étape dans la santé collective. Le courtier grossiste du groupe, Kereis Solutions, s’ouvre à un nouveau segment en lançant « Solutions Santé Entreprises », une formule qui s’adresse aux TPE et PME jusqu’à 100 salariés, gérée en interne et distribuée par ses partenaires courtiers. Avec ce lancement, le groupe Kereis...

Agrica lance sa nouvelle identité visuelle

Ce communiqué a été diffusé par Agrica. Nouvelle identité, nouveau site et nouveaux services : nous poursuivons notre transformation qui place nos clients - entreprises, salariés et retraités - au cœur de notre stratégie et de nos actions. On vous en dit plus ! ...
Lire plus

La PSC hospitalière encore reportée d’un an à 2028

Alors que la mise en place de la réforme de la protection sociale complémentaire (PSC) hospitalière devait s'appliquer le 1er janvier 2026 au lancement de la réforme, le gouvernement a acté un nouveau report d'un an supplémentaire. Finalement c'est le 1er janvier 2028, et non le 1er janvier 2027, que le personnel des hôpitaux et EHPAD publics devraient avoir une couverture santé. Ce report qui permet de limiter la hausse du budget de la sécurité sociale qui sera bientôt...

Les masseurs-kinésithérapeutes peuvent désormais prescrire 58 types de produits de santé

Un arrêté du 14 septembre 2026 fixe une nouvelle liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire à leurs patients. Les types de produits listés sont ceux qui peuvent être prescrits et ne concernent pas les produits et matériels utilisés pendant la séance (sauf si le médecin en décide autrement). L'arrêté contient désormais pas moins de 58 produits de santé différents alors qu'auparavant la liste n'en proposait que...