Alors que les dirigeants des principales confédérations salariales doivent se retrouver lundi prochain pour une réunion informelle durant laquelle ils ont prévu d’échanger à propos de la situation sociale actuelle, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, et Philippe Martinez, son homologue de la CGT, font leur possible pour éviter l’emballement de la mobilisation sociale.
Laurent Berger freine les cheminots
Interrogé ce matin sur RTL, Laurent Berger s’est félicité des efforts faits par l’exécutif dans le dossier de la réforme de la SNCF. “Il y a un premier geste et cela montre que la méthode est la bonne, et qu’il y a des premières avancées” a-t-il en effet déclaré à propos de la volonté affirmée par le gouvernement dans une lettre rédigée à l’attention des organisations salariales de la SNCF, de définir des garanties sociales de haut niveau pour le futur secteur ferroviaire ouvert à la concurrence. M. Berger a notamment estimé positif le fait que les éventuels départs chez d’autres opérateurs se feraient sur la base du “volontariat” et s’accompagneraient d’une “portabilité des droits” et, sous certaines conditions, “d’une sorte de droit de retour”. Le propos n’a pas dû passer inaperçu du côté du gouvernement.
Il n’a pas non plus dû passer inaperçu du côté de la CFDT Cheminots… Pas plus tard qu’hier, s’exprimant à la suite des propos tenus par le Président du République durant son interview télévisuelle, la fédération cédétiste avait assurée être “fortement déçue” et “encore plus déterminée” à poursuivre le mouvement. En outre, pour la fédération, le fait que certaines de ses propositions aient été mises en avant dans le courrier d’Elisabeth Borne, la ministre des Transports, ne constitue qu’une “avancée largement insuffisante”. Autrement dit : hier encore, les dirigeants de la fédération des cheminots de la CFDT n’étaient pas vraiment convaincus par les dernières propositions gouvernementales. Avec son analyse du jour, Laurent Berger semble s’être donné pour mission de leur faire changer d’avis.
Philippe Martinez, lutteur divergent
Un peu plus tôt dans la semaine, c’est Philippe Martinez qui avait ouvert la voie au rafraîchissement des perspectives militantes. S’il est vrai que, contrairement à Laurent Berger, M. Martinez n’a pas sous-entendu qu’il était temps de siffler la fin de la récréation, il n’en a pas moins démontré que sa conception de la “convergence des luttes”, antienne cégétiste du moment, s’avérait finalement assez restreinte. Dans un entretien accordé au Monde, le secrétaire général de la CGT a en effet annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation qui devrait avoir lieu le 5 mai prochain à l’appel de François Ruffin, le député de la France Insoumise. Rappelons qu’à l’automne dernier déjà, Philippe Martinez avait refusé de prendre part à une manifestation organisée par la France Insoumise.
Afin de justifier cette nouvelle déconvenue infligée au parti de la gauche radicale, M. Martinez s’est justifié a rappelé les différences entre partis politiques et syndicats : “Je préfère des partis politiques qui soutiennent le mouvement social et qui n’essaient pas de faire à notre place”. En d’autres termes, le patron de la CGT est pour la convergence des luttes, mais à la seule condition de contrôler tout le processus. On n’est jamais trop prudent ! Se défendant de virer au jaune, M. Martinez a d’ailleurs rappelé que s’il était bien une date qui pourrait permettre une mobilisation générale du salariat, c’était celle du 1er mai. Inutile donc d’en chercher une autre, supplémentaire, dans le calendrier ! Quelque peu curieuse, l’attitude du secrétaire général de la CGT contribue en tout cas à éviter la politisation de la mobilisation sociale actuelle.