Syndicalisme et écologie: un mauvais ménage

La Confédération européenne des syndicats (CES) vient de publier un communiqué pour mettre en garde contre les effets sociaux indésirables de l’Union de l’Energie, présentée la semaine dernière par la Commission Européenne. Cette réaction rappelle une fois de plus combien les organisations syndicales sont prudentes sur la question de la transition énergétique et de l’écologie. 

La transition écologique, une menace pour l’emploi?

Pour de nombreuses organisations syndicales, la transition écologique ou énergétique constitue d’abord une menace: elle condamne à plus ou moins court terme des filières qui forment des bataillons syndicaux solides, et elle prône une sorte de retour à la terre (aux énergies renouvelables) beaucoup moins faciles à syndiquer. C’est vrai sur l’ensemble de la filière de l’électricité, et encore plus vrai pour le nucléaire.  

Les salariés d’Areva viennent d’en faire les frais: l’énergie nucléaire, depuis l’accident de Fukushima, n’est plus à la mode, et il faut désormais faire face à des modifications en profondeur de l’activité. Au-delà d’Areva, c’est l’ensemble de la filière qui est en mutation profonde. D’où les revendications de la CES: 

« L’Union de l’énergie est un projet ambitieux dont nous avons grand besoin. Il présente en outre de nombreux avantages potentiels pour l’industrie, l’emploi, les consommateurs et le climat », a déclaré Józef Niemiec, Secrétaire général adjoint de la CES. « Mais il y aura des gagnants et des perdants et il est donc essentiel que les travailleurs puissent profiter de nouvelles opportunités d’emploi et disposent d’alternatives quand d’autres emplois sont perdus. Les facteurs liés au marché du travail doivent faire partie de la programmation et de la mise en œuvre dès le lancement du projet. » 

 

Tout est dit! 

Le poids des fédérations de l’énergie dans le syndicalisme français

Pour prendre le seul exemple français, la frilosité des syndicats face à la mutation écologique s’explique d’abord par le poids des fédérations issues de l’énergie dans chaque confédération. Ce poids s’explique largement depuis la fin des années 40 par les largesses dont le gouvernement de l’époque avait témoigné à l’égard du comité d’entreprise d’EDF, dont les recettes sont assises sur le chiffre d’affaires de l’entreprise et non sur sa masse salariale. Ce flux financier ancien et vertigineux a permis de structurer des fédérations syndicales puissantes et bien formées. 

A la CGT, la secrétaire générale de la fédération Mines-Energie, Virginie Ginsel, est membre du bureau. Elle est également la compagne de l’ancien secrétaire général, Frédéric Imbrecht. Cette domination très familiale sur une fédération essentielle à la confédération en dit long sur le caractère sensible du poste. Précisons que Virginie Ginsel est fille d’agent EDF, et fut salariée d’EDF elle-même. Un parallèle pourrait être établi avec la CFDT, où la fédération Chimie et Energie est représentée en force au bureau national et à la commission exécutive. Celle-ci compte notamment la présence de Patrick Pierron, secrétaire général de la fédération… et secrétaire national chargé de la politique de développement durable et des politiques industrielles. Il a commencé sa carrière en 1981 chez GDF. 

Ces deux exemples montrent bien comment les grands acteurs de l’énergie s’assure d’une présence influente auprès des organisations syndicales. Si chacun conserve sa liberté, il n’en reste pas moins que ce sont des acteurs de l’énergie fossile qui sont les plus puissants aujourd’hui dans le champ du syndicalisme. 

Un lobbying intensif

L’histoire récente a montré que cette influence n’était pas neutre. Ainsi, lorsque le Conseil National sur la transition énergétique a rendu un rapport sur le sujet en 2013, les organisations syndicales se sont mobilisées pour dire tout le bien qu’elles pensaient d’une véritable prudence dans ce domaine. FO avait même publié un document proposant d’évaluer les réserves françaises en gaz de schiste, et suggérant de préserver la filière nucléaire française.  

En 2011, Virginie Gensel avait accordé une interview au Figaro où elle se mettait debout sur le frein en matière de transition énergétique: 

Derrière la première intention affichée, réduire le nucléaire, il y a la sortie du nucléaire. Nous sommes favorables au développement des énergies renouvelables, mais elles ne sont pas en capacité, en l’état actuel, de répondre aux besoins. Personne ne fait de réelles propositions pour savoir par quoi on remplacerait le nucléaire.  

 

Incontestablement, le poids des fédérations de l’énergie n’est pas sans influence sur la ligne stratégique des confédérations! Reste à savoir si cette contribution reflète l’état d’esprit des salariés qui ne sont pas liés à la filière énergétique… 

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