Retailleau et les Républicains, meilleurs amis de la sécurité sociale et des charges sur les entreprises

Au Sénat, les Républicains, soutenus par Bruno Retailleau à l’Assemblée Nationale, se sont livrés à une large démonstration d’hostilité à la fiscalisation de la sécurité sociale. Cette politique est pourtant la seule qui permette de diminuer le fardeau que les entreprises françaises portent en matière de cotisations sociales. Rappelons que le différentiel avec les entreprises allemandes est d’environ du simple au double. Plus généralement, les Républicains souhaitent un statu quo du monopole public en matière de protection sociale, à rebours des propositions de François Fillon durant les élections présidentielles.

On se souvient de la polémique que François Fillon avait suscitée en son temps en prônant le « recentrage » de l’assurance maladie sur le gros risque… Deux ans plus tard, les Républicains ont définitivement tourné la page de cet épisode, et proposent désormais l’exact contraire de ce qu’ils soutenaient jusqu’ici. Ce revirement complet illustre une façon de faire de la politique qui n’est selon nous pas près de leur porter chance, ni de les ramener durablement au pouvoir. 

Bruno Retailleau et ses étranges déclarations

On reviendra par exemple sur les récentes déclarations de l’un des principaux lieutenants de François Fillon en 2017, Bruno Retailleau. Pour la chaîne Sénat, il a affirmé: 

« Les Français sont attachés à la Sécurité sociale. Les gaullistes, les communistes avaient fondé ce pacte social et national au sortir de la guerre. On est en train de sortir de ce modèle, sans dire aux Français qu’on en sort » (…) « on voit bien que la part des impôts devient de plus en plus importante, par rapport aux cotisations. » (…) « Il y a un modèle qui se rapproche du modèle anglo-saxon : on a un filet de sécurité pour les plus pauvres, c’est-à-dire qu’on augmente les minima sociaux. Et les autres se débrouillent. On désindexe les retraites, les prestations familiales. C’est une atteinte au principe d’universalité qui veut que chacun cotise en fonction de ses moyens, de ce qu’il gagne, mais tous reçoivent une prestation équivalente. Ce principe est écorné. On se dirige progressivement vers un modèle à l’anglo-saxonne, qui n’est pas le modèle français » 

 

Cette charge virulente contre les timides réformes engagées par Emmanuel Macron laisse songeur. Retailleau manie ici trois arguments contraires au programme de 2017. 

Le premier consiste à vouloir sanctuariser un modèle prétendument inventé en 1945, comme s’il s’agissait d’une relique du général De Gaulle. Or, la sécurité sociale de 1945 ne prenait guère en charge que 20% des dépenses de santé à cette époque, contre 75% environ aujourd’hui. L’invention du reste à charge zéro en optique et en soins dentaires accentue cette tendance. La critique adressée par Retailleau, digne de la CGT, ne repose donc sur aucune donnée raisonnable. 

Le deuxième argument consiste à critiquer la fiscalisation de la sécurité sociale. En creux, Bruno Retailleau préfère donc maintenir le système actuel, fondé sur des cotisations largement payées par les entreprises. On sait que cette pression socio-fiscale nuit gravement à la compétitivité des entreprises françaises. Les Républicains avouent ici qu’ils n’ont cure de ce sujet… Instructif! 

Le troisième argument consiste à prétendre que le système français connaîtrait une évolution « beveridgienne », c’est-à-dire un glissement vers un système de solidarité, au détriment d’une logique d’assurance. Mais c’est précisément ce qu’il faut faire: réserver le monopole public aux plus pauvres, et laisser les classes moyennes choisir l’assureur qui leur convient le mieux. Les Républicains semblent ici préférer le maintien d’un monopole public. 

Les Républicains, meilleurs ennemis de la compétitivité de nos entreprises

Une fois de plus, les Républicains sont donc pris la main dans le sac du monopole public et du déclin français. Visiblement, le rétablissement de la compétitivité des entreprises n’est pas leur sujet, et leur visée politique se limite à un immense immobilisme, au nom d’un âge d’or gaulliste totalement fantasmé. 

Rappelons ici que, l’année où De Gaulle a quitté le pouvoir, la protection sociale, assurance chômage comprise, représentait moins de 18% du PIB. En 2018, elle flirte avec les 34%. Soutenir que toute mesure en faveur d’un rééquilibrage du système équivaut à une remise en cause de l’héritage du CNR est un argument qu’on attend dans la bouche des syndicalistes contestataires. 

Venant des Républicains, cette ligne laisse pantois… 

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