Même le MEDEF craint d’être baladé par Macron sur la réforme des retraites

À quoi ressemblera la réforme des retraites? On sait que le Président a confié à Jean-Paul Delevoye le soin de préparer le dossier d’un grand système par points. Mais au-delà de cet objectif, les prises de position claires sur les sujets qui fâchent se font attendre. Même le MEDEF s’impatiente…

La mise en place d’un régime de retraite par points pose à la fois des problèmes de fond (faut-il ou non basculer dans un univers où la retraite sera calculée individuellement à partir d’une sorte de capital accumulé tout au long de la vie?), et des problèmes de méthode ou de « détails » techniques comme l’épineuse question de la pension de réversion. Dans la pratique, ces différents aspects ne sont pas neutres, dans la mesure où ils risquent de donner une tonalité très particulière à la réforme elle-même. Selon les choix finaux retenus, la réforme peut se révéler très « sociale » ou très brutale.  

Les Français privés d’un débat salutaire sur la réforme des retraites

Initialement, il était question qu’un débat ait lieu à l’automne. Ce projet devait permettre de sensibiliser les Français aux enjeux de ce dossier délicat.  

Or, le temps passe, et le débat ne semble pas devoir prendre forme. La cacophonie dans laquelle la majorité s’enfonce ne devrait pas faciliter l’ouverture d’une consultation sereine auprès de l’opinion publique. Tout laisse à penser que, dans le meilleur des cas, Jean-Paul Delevoye lancera un appel à contributions sans aller au-delà, et surtout sans dévoiler les propositions que le gouvernement a en tête.  

Parallèlement, Jean-Paul Delevoye poursuit les consultations auprès des « corps intermédiaires » et des experts. À ce titre, les organisations syndicales ont été reçues à plusieurs reprises pour évoquer les problèmes suscités par cette réforme. Beaucoup resteront sur leur faim, vis-à-vis de cette méthode qui consiste à chercher à faire du neuf avec du vieux.  

Même le MEDEF s’inquiète

Pour l’instant, Delevoye écoute beaucoup, reçoit beaucoup de notes dans tous les sens… mais ne trahit rien des intentions qui pourraient agiter le gouvernement et la Présidence de la République. Ce mutisme commence à inquiéter les syndicalistes, qu’ils soient salariaux ou patronaux. Ainsi, même au MEDEF, Claude Tendil, qui est chargé du dossier, ne cacherait plus son trouble face à la méthode. Alors que le débat doit être cloturé en fin d’année, le syndicat patronal ne sait toujours rien des orientations de l’exécutif. 

Les sujets qui intéressent le mouvement patronal ne sont pourtant pas minces. Au premier chef, la fusion du régime général et des régimes complémentaires devrait constituer le préalable logique d’une réforme qui a l’ambition d’imposer un régime unique de retraites. Pour les organisations syndicales, ce volet sera le plus dur à avaler. On peut comprendre que, s’agissant d’une perte sèche de périmètre, les partenaires sociaux soient désormais désireux d’avoir au moins quelques orientations sur la sauce à laquelle ils seront mangés. 

Un problème d’architecture globale

Si l’on peut comprendre que Jean-Paul Delevoye soit loin d’avoir toutes les clés sur la future réforme (une part d’incertitude provenant du fait que le débat est en cours), un point mériterait d’être éclairci rapidement, au moins dans ses grandes lignes: l’architecture future du système. S’agit-il d’imposer un système unique sous trois ou quatre plafonds de sécurité sociale, ou s’agit-il de se limiter au plafond lui-même? La question est loin d’être anodine puisque la jurisprudence communautaire limite de fait la capacité des États membres à imposer un régime monopolistique de sécurité sociale au-dessus d’un plafond acceptable de revenus.  

Pour les acteurs complémentaires ou supplémentaires du système, la question n’est évidemment pas anodine.  

Accessoirement, il serait temps de savoir explicitement si les régimes spéciaux subsisteront… et si les pensions civiles de l’État seront effectivement absorbées par le nouveau système. 

La question épineuse des fonctionnaires

Une autre question peut expliquer la discrétion de Jean-Paul Delevoye sur les options retenues par le gouvernement: l’avenir des régimes de la fonction publique, qui sont surfinancés par les employeurs (autrement dit les contribuables) et qui calculent la rente de retraite à partir des derniers salaires, et non sur les 25 meilleures années. Pour les fonctionnaires, la réforme pourrait se révéler douloureuse, et le financement du système par le denier public reste encore une énigme. 

Dans tous les cas, un alignement pur et simple des fonctionnaires sur le régime privé se solderait soit par un effondrement insupportable du droit à la retraite des fonctionnaires, soit par une solidarité accrue des salariés du privé en faveur des agents publics. On comprend le casse-tête du gouvernement. 

Bref, à ce stade, la réforme des retraites apparaît de plus en plus comme un rendez-vous avec les Français manqué par l’exécutif.  

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #2 : le point sur la santé des HCR et la prévoyance des Services à la personne

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #5 : l'actualité des CCN Syntec, chimie, sécurité sociale

Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la FNIM parle du poids des normes prudentielles sur les mutuelles

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #3 : les enjeux de la rentrée de septembre 2025

You May Also Like

Le ticket modérateur augmente sur les honoraires des dentistes

Le décret consacré à la hausse du ticket modérateur (TM) sur les honoraires des chirurgiens-dentistes vient de paraître au Journal officiel. Le texte daté du 21 août 2026 a été diffusé le lendemain. Il augmente, à partir du 1er janvier 2027, le TM de 15 points de pourcentage sur les honoraires. Ainsi la part restant à la charge des complémentaire santé sera fixée à 50% ou 60% de la base de remboursement de la sécurité sociale contre 35% ou 45% auparavant. ...

La sécurité sociale se désengage du remboursement de certains médicaments

L'un des décrets consacrés au transfert de charges vers les complémentaires santé porte sur les médicaments. Daté du 21 août 2026, il est paru le lendemain au Journal officiel. Le décret précise que les médicaments à service médical rendu modéré et les allergènes préparés pour une personne spécifique voient leur ticket modérateur (TM) passer à 85% ou 95% selon les cas. Puis le TM pour les médicaments à service médical rendu faible et l'homéopathie augmente...

La hausse du ticket modérateur sur les dispositifs médicaux est actée

Un décret pris le 21 août 2026 et publié le lendemain au Journal officiel prévoit l'augmentation du ticket modérateur (TM) sur les dispositifs médicaux. Le nouveau TM augmente sur les dispositifs médicaux pour atteindre 50% ou 60% selon les cas. Cette hausse s'appliquera le 1er janvier 2027. Le décret complet est disponible ici. ...

Le ticket modérateur augmente sur le transport sanitaire

Un décret daté du 21 août 2026 est paru au Journal officiel du 22 août 2026 pour augmenter le ticket modérateur (TM) sur le transport sanitaire. Cette hausse interviendra le 1er janvier 2027 et sera de 5 points de pourcentage. Ainsi le TM sera de 50% ou 60% selon les cas, contre 45% et 55% aujourd'hui. Retrouvez le décret complet en cliquant ici. ...

L’ACPR accompagne les assureurs en vue de l’arrivée du nouveau régime de proportionnalité le 30 janvier 2027

Ce communiqué a été publié par l'ACPR au cœur de l'été. Dans le cadre de la revue de Solvabilité II, un nouveau régime de proportionnalité applicable aux organismes d’assurance et de réassurance entrera en application le 30 janvier 2027. Afin de préciser le cadre et les conditions d’application de ce nouveau régime de proportionnalité, l’ACPR a publié une ...