L’embrouillamini de l’article 21 du PLFSS

La généralisation de la complémentaire santé aux retraités par l’article 21 a donné lieu à un nouveau impressionnant cafouillage de Marisol Touraine, qu’il faut quand même raconter par le menu. Il donne un nouvel exemple du mal governo de la protection sociale depuis mai 2012. 

Une promesse téméraire de François Hollande

En juin 2015, François Hollande se rend au Congrès de la Mutualité à Nantes, où il annonce, précédé la veille par une interview d’Etienne Caniard, président de la FNMF, la généralisation de la complémentaire santé aux retraités. Chacun comprend aisément, à ce moment-là, que la mutualité vient d’obtenir une mesure spécifique pour sauver ses positions sur le marché de l’assurance santé individuelle. Celles-ci, depuis la généralisation de la complémentaire santé aux salariés voulue par l’ANI de janvier 2013, sont en effet fortement fragilisées et essentiellement concentrées sur le segment des retraités. 

D’un point de vue assurantiel, le cadeau présidentiel ne tient pas: les retraités sont consommateurs de soins. Leur proposer des contrats segmentés sur leur tranche d’âge ne peut qu’être un frein à la baisse des prix et une promesse de déséquilibre économique du contrat. Comme disait Jacques Chirac, plus gros, mieux ça passe: en bon chiraquien, Hollande promet donc une lune qui n’a pas de sens. La suite l’a prouvé. 

Marisol douche les espoirs de la FNMF

Lorsque Marisol Touraine dévoile le PLFSS 2016, la FNMF fait un bond d’effroi en découvrant l’article 21. Celui-ci propose de reprendre, pour la généralisation de la complémentaire santé aux retraités, un dispositif utilisé pour l’aide à la complémentaire santé (ACS) cette année: une mise en concurrence de plusieurs offres collectives. Les offres retenues selon un critère de prix bénéficieront d’une incitation fiscale pour l’assureur. Autrement dit: proposez des prix bas pour les retraités, et vous aurez une déduction fiscale sur les contrats. 

Pour la FNMF, la solution est terrible, car la formule « appel d’offres » pour l’ACS s’est soldée par un désastre. Non seulement la FNMF n’a proposé aucune offre, mais la procédure a permis de faire entrer dans la place plus d’une dizaine d’assureurs qui s’étaient groupés pour répondre. Même la FNIM, rivale de la FNMF, a réussi l’examen de passage. L’article 21 du PLFSS qui propose cette solution sonne donc comme une provocation. 

En outre, la lecture de l’article laisse à penser que le crédit d’impôt bénéficiera directement aux retraités, alors qu’il reviendra à l’assureur. 

Bref, le travail n’est ni fait ni à faire. 

Le lobbying de la FNMF

Tout de suite, la FNMF monte au créneau pour modifier le texte, et va même jusqu’à en demander le retrait. Le député socialiste Bapt dépose un amendement demandant une mise entre parenthèses du prix dans les critères de sélection des offres. C’est le paradoxe de la promesse de Hollande: alors que le dispositif devait faire baisser les prix pour faciliter l’accès aux soins des retraités, les députés de la majorité se battent désormais pour limiter cette baisse et pour préserver les marges des mutuelles. 

Finalement, Marisol Touraine accepte de changer son fusil d’épaules, en prévoyant de labelliser toutes les offres qui garantiraient une stabilité des prix durant toute la durée de l’appel d’offres. Ce texte, péniblement stabilisé à l’issue d’une série d’amendements et de sous-amendements, est taillé sur mesure pour la mutualité. Il vise à écarter tous les courtiers d’assurance présents sur le marché.  

Quelle constitutionnalité pour le dispositif?

Le texte définitif est encore loin du compte. En l’état, il est le produit d’une série d’amendements incohérents, qui cherchent à concilier la chêvre et le chou. Il faudra en suivre les évolutions dans les semaines qui viennent. En attendant, on peut se demander quelle sera sa durée de vie devant le Conseil Constitutionnel. Dans la pratique, il vise en effet, de l’aveu même des députés portant le lobbying de la mutualité, à favoriser un type d’acteurs sur le marché plutôt que les autres. Ce manquement aux règles de la concurrence risque de susciter de longues passions si le gouvernement ne revient pas à la doctrine de la liberté d’entreprendre sur le sujet.  

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : Stéphanie Rist défend le principe de la taxe Ocam

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #2 : le point sur la santé des HCR et la prévoyance des Services à la personne

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #2 : Le point sur les catégories objectives dans les CCN

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #7 : PSC, Alan et agréments de catégories objectives

You May Also Like

Matmut verse une prime carburant à ses salariés

Ce communiqué a été diffusé par le groupe Matmut. Dans un contexte marqué par une forte incertitude géopolitique et une hausse des coûts du quotidien, notamment des dépenses de mobilité, le Groupe Matmut a souhaité apporter un soutien concret à ses collaborateurs. De juin à novembre 2026 chaque collaborateur recevra une prime de 25€ bruts par mois, sauf en cas de bénéfice d’un véhicule de fonction avec carte...
Lire plus

L’ACPR salue la robustesse de l’assurance dans son rapport annuel

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a publié son rapport annuel le 21 mai 2026. Lors de la conférence de presse, les propos de la secrétaire générale Emmanuelle Assouan et du vice-président Jean-Paul Faugère ont particulièrement attiré l'attention. Emmanuelle Assouan a tenu à saluer la solidité des organismes d'assurance dans une période assez instable : "La solvabilité du secteur de l’assurance est également très robuste, les ratios...

Agrica triple presque son résultat net combiné en 2025

Le groupe de protection sociale Agrica vient de publier ses bons résultats annuels de 2025 (communiqué en fin d'article) avec une croissance impressionnante de son résultat net. Ce résultat net combiné est passé de 8 M€ en 2023 à 12 M€ en 2024 puis 34 M€ en 2025. Une performance qui s'explique, selon Agrica, par de meilleures plus-values latentes (168 M€) et une provision pour participation aux excédents de 341 M€ sur le PER euro de CCPMA Retraite...

L’OPCO EP a un nouveau commissaire du Gouvernement

L'opérateur de compétences des entreprises de proximité (OPCO EP) vient de connaître un changement de commissaire du Gouvernement. Un arrêté paru au Journal officiel (JO) précise ainsi que Marie Wepierre qui occupait cette fonction est remplacée par Manon Bergeron. L'arrêté de nomination est disponible par ici. ...