La protection sociale, frein à la reprise économique?

Klesia organisait hier sa matinée « experts » avec une belle brochette d’invités VIP, dont Jacques Attali, venu en guest star pour 30 minutes montre en main (on ne demandera pas le prix de la prestation…). Une table ronde qui regroupait Jean-Hervé Lorenzi, Dominique Libault (chargé d’un rapport sur les désignations), François-Xavier Selleret, nouveau directeur général de l’AGIRC-ARRCO, et Jean-Patrick Gille, député d’Indre-et-Loire et vice-président de la commission des affaires sociales, traitait du sujet épineux de la protection sociale et de la compétitivité des entreprises. BI&T y était, et a tiqué en entendant certains propos. 

Jean-Hervé Lorenzi a marché sur des oeufs

Seul parmi les invités de la table ronde, Jean-Hervé Lorenzi a osé poser les problèmes de compétitivité soulevés par la protection sociale. Si l’on admet que celle-ci constitue une rémunération différée, le bouillonnant Lorenzi a rappelé qu’elle pesait essentiellement sur l’employeur aujourd’hui, et qu’elle renchérissait le coût du travail pour une génération qui contribue sans forcément retirer un bénéfice de cette contribution. Dans un souci évident de ménager un auditoire assez peu sensible à ses thèses libérales, Lorenzi a toutefois prôné la théorie du trébuchet: les réformes doivent être techniques et porter sur des réallocations de taux de cotisation: 5 points par-ci, 10 points par-là. 

Cette modération a toutefois eu le mérite de poser le problème des contreparties générationnelles à offrir. Lorenzi a notamment défendu l’idée d’un gagnant-gagnant entre un assouplissement du droit du travail et une préservation de la protection sociale. 

Dominique Libault a reconnu l’existence de rentes dans la protection sociale

Les autres interventions ont été largement marquées du sceau de l’administration et du bonheur évanescent d’une sociale-démocratie étatisante. On notera toutefois que Dominique Libault a surpris l’auditoire en proclamant qu’il existait beaucoup de rentes dans le système social français, en particulier dans l’assurance maladie. Trop de médicaments inutiles continuent à être remboursés. Cet élan de lucidité aura quand même étonné de la part de… l’ancien directeur de la sécurité sociale, qui a protégé ces rentes pendant une dizaine d’années. 

Décidément, cette manie propres aux hauts fonctionnaires de regretter les erreurs et les dérives qu’ils couvrent lorsqu’ils sont en responsabilité ne manque pas d’étonner. 

François-Xavier Selleret a vanté les mérites de l’AGIRC-ARRCO

L’auditoire a suivi avec intérêt les remarques de François-Xavier Selleret, nouveau directeur de l’AGIRC-ARRCO, qui a vanté les mérites du paritarisme. On ne parlera guère de morceau de bravoure de sa part, puisque l’auditoire était par avance acquis à cette cause. En revanche, on peut s’interroger sur la lucidité effective des acteurs paritaires sur les risques qu’il y a à manier l’eau tiède sur des régimes dont l’équilibre n’est plus assuré, et alors que la France se fait harponner par la Commission Européenne sur sa manie de ne pas régler les problèmes.  

Il manquait un chef d’entreprise

Dans ce concert d’extase et d’optimisme, on regrettera quand même l’absence d’un chef d’entreprise capable d’expliquer clairement que le coût de la protection sociale n’est pas seulement une donnée macro-économique analysée pour faire plaisir à Bruxelles. C’est aussi une addition trimestrielle envoyée délicatement par les URSSAF aux employeurs. Cette dimension micro-économique fut effleurée par Lorenzi mais malheureusement mise sous le boisseau, alors qu’elle constitue aujourd’hui l’essentiel du problème de « confiance » des salariés dans leur sécurité sociale. 

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