Hommage à Danièle Karniewicz

Danièle Karniewicz est décédée à l’aube de l’année 2017. Elle mérite un hommage particulier, tant son combat syndical, parfois complexe, constitue une alternative intéressante à certains parcours monolithiques marqués, comme on le voit aujourd’hui, par une logique frontale très peu porteuse d’avenir. 

Quelques mots personnels pour Danièle Karniéwicz

J’ai connu Danièle Karniéwicz lorsqu’elle était présidente de la CNAV. C’était une bonne présidente, qui avait le sens du compromis et qui portait une vraie vision de la protection sociale. Je me souviens qu’elle pouvait entendre le principe d’une réforme systémique des retraites, s’appuyant sur la fusion de régime général et des régimes complémentaires, la transformation du régime général en régime par points et la mise en place d’un « troisième pilier » par capitalisation piloté par l’AGIRC. 

Je crois d’ailleurs savoir qu’elle s’était à l’époque beaucoup avancée dans une négociation discrète avec la CNP sur ce sujet, sans être forcément soutenue par l’appareil de la CGC dont elle émanait. Ce fut sans doute une occasion manquée de signer un texte interprofessionnel qui aurait prouvé la vitalité du dialogue social en France et qui aurait eu la même portée que l’accord de 1947 créant l’AGIRC. 

C’était aussi cela, Danièle Karniéwicz: une capacité à prendre des initiatives intelligentes, à courir des risques, lorsqu’elle était portée par une conviction. Cette force individuelle-là manque singulièrement au syndicalisme français qui s’est transformé, avec le temps, en une vaste bureaucratie où n’ont que les esprits médiocres, les chiens de garde obsédés par la discipline collective et par l’élimination des intelligences qui leur font de l’ombre. 

Danièle Karniéwicz a payé le prix fort pour son indépendance d’esprit

Je me suis souvent, à titre personnel, opposé à Danièle Karniéwicz. Je sais qu’elle aimait aussi les paillettes et les signes de reconnaissance, comme beaucoup de syndicalistes d’ailleurs, qui estiment en manquer trop souvent. Je ne partage pas beaucoup cette inclination pour ce qui brille. À chacun son chat. Mais j’ai toujours pris soin de défendre la liberté d’expression de Danièle Karniéwicz, et je lui ai apporté mon amical (mais inutile…) soutien lorsque son organisation a cherché à lui nuire. 

Sur le fond, c’est une affaire entre son organisation et elle et je ne me connais pas les maladresses que Danièle a pu commettre au fil du temps, qui ont pu inspirer cette volonté de lui porter ombrage. Je ne méconnais pas non plus les soutiens qu’elle a pu apporter à des gens pas toujours bien intentionnés. Reste que s’attaquer collectivement à une personne seule n’a jamais grandi aucune organisation, surtout sur les sujets reprochés à Danièle Karniéwicz. 

J’ai revu Danièle il y a quelques mois. Nous avons partagé un bon plat pyrénéen en bas de la rue de Belleville et j’étais heureux de la voir provisoirement sortie d’affaire. J’ai admiré la pudeur qu’elle a eue ce soir-là pour ne pas dire l’étendue du mal qui la rongeait. J’ai néanmoins deviné, malgré ses efforts, combien les tourments judiciaires que son organisation lui a causés l’ont affaiblie. 

Je voulais lui dire, depuis l’autre rive, mon admiration pour son courage et son obstination, deux valeurs qui manquent trop au marigot syndical qui a eu raison d’elle. 

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