Comment Myriam El Khomri veut rendre attrayants les métiers de la dépendance

Missionnée à la fin du mois de juin par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, afin de réfléchir à l’attractivité des métiers liés à la prise en charge de la dépendance, Myriam El Khomri, l’ancienne ministre du Travail de François Hollande, a rendu hier son rapport.

 

Elle y préconise près d’une soixantaine de mesures dont le coût annuel, sur la période 2020-2024, s’élève à plus de 800 millions d’euros pour l’Etat. 

92 300 postes supplémentaires en cinq ans

L’enjeu de la prise en charge professionnelle des personnes dépendantes ou très âgées se caractérise par un paradoxe pour le moins inquiétant. D’un côté, le nombre de personnes dépendantes augmente d’année en année et va continuer à augmenter, de l’ordre de 7 % d’ici à 2025, pour s’élever à environ 1,5 million. De l’autre, la progression des effectifs des professionnels devant s’occuper de ces personnes ne suit pas du tout cette évolution, bien au contraire. Ainsi, ces cinq dernières années, les candidatures aux formations d’aides-soignantes ou d’accompagnant éducatif et social ont diminué de 25 %. 

Dans cette configuration, Myriam El Khomri considère primordial pour la nation de mener une politique ambitieuse de recrutement de professionnels de prise en charge de la dépendance. Elle estime qu’il faut créer 92 300 postes supplémentaires d’ici 2025, soit environ 18 500 par an à compter de l’an prochain. Ce chiffre total comprend 66 500 postes au titre de l’augmentation du taux d’encadrement des seniors – l’objectif étant d’augmenter ce taux de 20 % – 20 700 postes afin de faire face à la progression structurelle du nombre des personnes âgées dépendantes et enfin 5 100 postes afin de permettre aux professionnels de participer à des réunions de concertation durant quatre heures par mois. 

La réalisation de ces nombreux recrutements suppose que, dans les cinq ans à venir, le secteur va devoir former deux fois plus de professionnels qu’il ne le fait actuellement. Afin d’atteindre cet objectif, Myriam El Khomri propose de développer le recours à l’alternance et de promouvoir la validation des acquis de l’expérience (VAE). Surtout, comme ceci a été fait dans le cas des écoles d’infirmerie, elle propose de supprimer le concours d’entrée aux écoles d’aides-soignants. 

Myriam El Khomri au chevet des salaires de la dépendance

Afin de soutenir ces ambitions de recrutement, Myriam El Khomri propose une politique d’amélioration substantielle des conditions de rémunération des métiers du secteur. Il est vrai que le moins que l’on puisse dire est que ces conditions sont actuellement fort discutables – l’ex-ministre évoquant par exemple le cas de nombreux salariés demeurant au SMIC pendant dix ans voire plus. Augmentations générales des minima salariaux conventionnels, meilleur remboursement des frais de déplacements des aides à domicile ou même mise à disposition d’une voiture de fonction au bénéfice des salariés pourraient notamment permettre, d’après Myriam El Khomri, d’améliorer le sort des professionnels de la prise en charge de la dépendance. 

N’ignorant pas, par ailleurs, que les métiers de la dépendance véhiculent l’image de métiers pénibles, l’ancienne ministre juge opportun d’engager « un programme de lutte contre la sinistralité ciblée sur ces métiers ». La branche des accidents du travail et maladies professionnelles (ATMP) de la Sécurité sociale sera mise à contribution pour le financement de ce programme, à hauteur de 100 millions d’euros sur ses excédents. Souhaitant que les conditions de travail des métiers de la dépendance suivent la même évolution que celle qui a eu lieu dans le bâtiment, avec le passage « d’une logique curative à une logique préventive », Mme El Khomri veut que la sinistralité y diminue de 25 % en cinq ans. 

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