Dans la plasturgie, le dialogue social victime des luttes internes au patronat

Après s’être illustrée, au début de l’été, par le torpillage syndical majoritaire d’un accord sur l’épargne salariale qui avait eu les plus grandes difficultés à voir le jour, la plasturgie se distingue, en ce début d’automne, par un dialogue social tout à fait bloqué. En cause cette fois-ci ? Les luttes internes au patronat, qui opposent les deux organisations désormais représentatives dans la branche : la fédération de la plasturgie et Plastalliance. 

Un accord salaire 2018 non appliqué

A l’automne 2017, les partenaires sociaux de la branche – sans Plastalliance, qui n’était alors pas encore officiellement considérée comme représentative – ont négocié un accord salaire pour l’année 2018. Cet accord a été signé en décembre 2017, par la CFDT et la CFE-CGC côté salarial et par la fédération de la plasturgie côté patronal. Mécontents de n’avoir pas avoir eu leur mot à dire dans de le cadre de la négociation de l’accord, les responsables de Plastalliance ont saisi le groupe d’experts du ministère qui a été institué par l’ordonnance Travail 2017-1388 du 22 septembre 2017 en vue « d’apprécier les effets économiques et sociaux susceptibles de résulter de [l’]extension [d’un accord] ». Ledit groupe ayant tardé à être constitué, l’accord n’a toujours pas été étendu et l’affaire n’a pas vraiment plu à de la fédération de la plasturgie. 

Une négociation CPPNI difficile

Ce problème important au sujet de l’accord salarial ne suffisant toutefois pas, un second motif de brouille paritaire est survenu dans le cadre de la négociation relative à la mise en place d’une CPPNI. Alors que celle-ci avait déjà tendance à s’avérer complexe – les représentants salariaux de la CGT (35 %) et de FO (19 %) ne réussissant pas à obtenir de ceux des employeurs suffisamment de garanties quant aux « commissions » de négociation intégrées à la CPPNI – Plastalliance a fait en sorte de faire tout à fait capoter les discussions. L’organisation professionnelle a en effet saisi le Conseil d’Etat afin de contester l’avenant de 26 avril 2017 à l’accord sur le paritarisme dans la plasturgie – accord appelé à être inclu dans l’accord CCPNI. Plastalliance en veut notamment aux règles de fonctionnement de la délégation patronale contenues dans cet avenant. 

La goutte d’eau du rapport de branche

Dans ce contexte d’ensemble particulièrement détendu, la présentation du rapport de branche, qui devait théoriquement avoir lieu lors de la commission mixte paritaire du 12 septembre dernier, a finalement permis aux représentants patronaux d’offrir un beau spectacle public de leurs désaccords. Plastalliance a dénoncé le fait de n’avoir pas participé à l’élaboration du rapport et a jugé anormal de ne pas l’avoir reçu au moins deux semaines avant la commission paritaire. Aussi l’organisation patronale a-t-elle jugé ce rapport irrecevable. La réunion paritaire a alors tourné court, au grand dam des représentants des salariés, qui escomptaient bien finaliser un accord sur les indemnités de licenciement et de départ à la retraite. Le ministère du Travail, représenté lors des réunions de la branche, laissera-t-il le pugilat patronal durer encore longtemps ? 

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