Les assureurs finalement sommés d’indemniser la perte d’exploitation dans le tourisme

Le plan d’urgence pour le tourisme donne lieu à une (belle) surprise pour les acteurs du secteur : les assureurs devront finalement indemniser les pertes d’exploitation, au moins partiellement, y compris dans des proportions non contractuelles. Après un long combat, le gouvernement a donc tranché, même si la discrétion semble de mise sur ce sujet.

 

Les pertes d’exploitation dans le tourisme seront donc indemnisées, au moins partiellement, par les assureurs. C’est ce qui ressort des dispositions annoncées hier à l’issue du comité interministériel dédié au tourisme. Mais pour l’instant, la discrétion est de mise sur ce point. 

Les dispositions prévues pour les assureurs

Nous reproduisons ici les dispositions annoncées par le gouvernement hier. Dans la pratique, les assureurs doivent consacrer 1 milliard au « sauvetage » du tourisme, et en priorité des hôtels, cafés, restaurants. Cette somme sera prioritairement consacrée à l’indemnisation des pertes d’exploitation, sujet sur lequel la fédération des assureurs (FFA) a obstinément lutté, et sur lequel la profession s’est divisée de façon publique. On se souvient en particulier des positions du Crédit Mutuel qui sont allées à l’encontre de la solidarité de place. 

Ces 900 millions restent toutefois un peu opaques. Le gouvernement ne précise pas (et personne ne semble lui avoir posé la question publiquement) si les 600 millions d’indemnisation contractuelle, et les 300 millions d’indemnisation extra-contractuelle qui sont annoncées incluent les sommes déjà annoncées par les assureurs, ou constituent de nouvelles lignes pour les commerçants en attente d’un petit coup de pouce. 

Comme toujours, tout étant dans tout et inversement, la partie de bonneteau a commencé ! 

Au-delà de cette intervention pour indemniser les pertes, les assureurs devront mettre 150 millions au titre de « l’investissement ». Là aussi, le flou règne, et l’histoire ne dit pas si les sommes qui devront être versées à des fonds seront effectivement consommées. 

Le gouvernement a demandé à ce que le secteur de l’assurance soit associé à l’effort d’indemnisation, de soutien et d’investissement en faveur des hôtels, cafés et restaurants et des entreprises du tourisme et de l’événementiel sportif et culturel. Les assureurs contribueront ainsi à hauteur de 1,05 milliards d’euros. Cela représente 900 millions d’euros d’indemnisations (600 millions de prise en charge contractuelle, 300 M€ extra contractuelles) et 150 millions d’euros d’investissement dans le secteur. Au titre de l’investissement, la contribution est divisée en deux volets : 30 M€ mobilisés au travers de plateformes de financement participatif pour financer les TPE, mises en place dès le mois de juin 2020 ; 120 M€ sous forme de fonds pour investir dans les PME et ETI, opérationnel avant la fin de l’été 2020. 

Comité interministériel

L’affaire des pertes d’exploitation n’est donc pas finie

Au vu de ce flou, on peut donc penser que l’affaire est loin d’être réglée, et même qu’un combat de longue haleine s’engage du côté des assureurs pour échapper jusqu’au bout à des dépenses dont certaines pourraient quand même contribuer à éviter des faillites de clients. Mais le court-termisme ambiant dans la profession exclut ce genre de raisonnement. 

Dans la pratique, il faudra donc suivre, dans la durée, l’évolution de la situation, puisque certaines mesures n’entrent en « vigueur » qu’à la fin du mois d’août. On peut faire confiance aux assureurs pour jouer la montre… 

Ces contrats d’assurance qui posent problème…

L’affaire est d’autant moins close que la rédaction des contrats d’assurance contre les pertes d’exploitation est parfois beaucoup moins explicite que les assureurs ne veulent bien le dire. Certains contrats (visiblement majoritairement dans les banques-assurances) semblent ne pas avoir inclus les pandémies dans les exclusions de garantie. Dans ce cas-là, l’assuré est donc fondé à demander l’intervention contractuelle de son assureur… et on voit mal par quelle décision arbitraire l’assureur pourrait s’y soustraire. 

D’autres contrats n’incluraient pas le risque pandémique, voire l’excluraient. Mais ils couvrent le risque de fermeture par une décision administrative. Or les hôtels, cafés et restaurants n’ont pas fermé du fait de la pandémie, mais du fait du confinement, qui est bien une décision administrative. Là encore, si on comprend bien le raisonnement financier des assureurs, qui plaident l’inassurabilité de cette situation, on voit mal quel tribunal débouterait un plaignant qui arguerait qu’il a fait faillite parce que son assureur n’a pas appliqué une clause contractuelle pour éviter lui-même de faire faillite… 

Des issues contentieuses inévitables ?

Même si la communication politique est aujourd’hui supposée remplacer l’action et la performance, on peut penser que le temps des grandes déclarations passera, et que le temps des actions contentieuses viendra, sans doute de façon douloureuse. 

Entre la réouverture d’un établissement avec les contraintes ingérables d’un 4m2 par client, et le dépôt de bilan accompagné d’un bon contentieux contre son assureur, le restaurateur ou le bistrotier du coin a tout intérêt à privilégier la deuxième solution. Encore faut-il qu’il ait procédé à une lecture attentive de son contrat pour estimer les chances de gagner son affaire dans quelques mois… 

Mais la rationalité économique plaide incontestablement en faveur de cette solution de sortie anticipée… en attendant le retour à une situation économique un peu plus saine. 

Un secteur qui sortira sinistré par la crise

Dans tous les cas, les perspectives du tourisme sont bien sombres, et on peine à imaginer quel avenir peut avoir ce secteur sur lequel la France mise depuis plusieurs années, grâce auquel elle constitue une part importante de son produit intérieur brut, mais qui paraît radicalement incompatible avec tout ce qui doit faire le Green New Deal à la mode dans les salons parisiens. Entre déplacements aériens pour des lâchers massifs de touristes chinois aux Galeries La Fayette, et transformation progressive de nos métropoles en centres Air BNB qui rejettent les classes moyennes vers des banlieues protéiformes qui grignotent le paysage, on peut penser que l’avenir risque d’être très morose à l’heure des épidémies aérosoles. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose

Ce contenu est réservé aux abonnés

Contactez-nous pour accéder à tous nos articles premium
Si vous un compte vous pouvez vous connecter.
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #3 : les enjeux de la rentrée de septembre 2025

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #6 : focus sur l'avenant santé n° 9 de la CCN Syntec

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #3 : les CCN face à l'assurance obsèques de l'enfant de -12 ans

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #8 : tolérance Urssaf et 2 régimes prévoyance à suivre

You May Also Like

L’assurance collective invitée à s’impliquer dans la prévention cardio-neuro-vasculaire

L'ex-ministre de la santé Yannick Neuder est à l'origine d'une proposition de loi récemment adoptée en première lecture pour améliorer la prévention cardio-neuro-vasculaire. Ce texte contient une référence directe à l'implication des professionnels de l'assurance collective de personnes. Dans sa version initiale la proposition de loi dressait une liste très succincte des acteurs vers lesquels les entreprises peuvent se tourner pour réaliser les actions d'information et...

Seyna poursuit sa forte croissance

La plateforme française d'assurance et de technologie pour les courtiers, Seyna, publie des résultats annuels 2025 très positifs. Après une année 2024 déjà bonne, l'année 2025 poursuit dans la même trajectoire et dépasse les objectifs que l'entreprise s'est fixée dans son plan "Horizon 2027". Ainsi le niveau des...

Relyens poursuit sa croissance mais son résultat et sa solvabilité reculent

Le groupe Relyens communique sur les résultats de son exercice 2025 en insistant sur la progression de son chiffre d'affaires (CA) et des primes récoltées. Il faut dire que son CA dépasse désormais les 700 M€. Après une année 2024 à 674 M€, l'année 2025 permet à Relyens d'atteindre 723 M€. Cette belle progression s'accompagne d'une hausse des primes collectées qui atteignent dans le même temps 1 242 M€ (c'était 1 160 M€ en 2024). ...

Aésio poursuit sa dynamique très positive en 2025

Après avoir retrouvé un résultat positif en 2024, Aésio mutuelle continue dans cette trajectoire et améliore encore son résultat net en 2025. La mutuelle Aésio affiche ainsi un résultat net de 79,77 M€ en 2025 contre 15,3 M€ en 2024. Cette amélioration est notamment permise par l'aboutissement du plan de...
Lire plus

Le juge rappelle que les commissions de courtage ne sont pas versées sans conditions

La Cour de cassation rendait, début avril, une décision qui devrait intéresser beaucoup de professionnels du courtage et d'organismes assureurs. Le juge s'y prononce sur les conditions à réunir pour permettre à un courtier de continuer à percevoir ses commissions sur des contrats passés. L'affaire est importante car elle nous rappelle que le droit au versement de ces rémunérations récurrentes n'est pas éternel et reste soumis à des critères essentiels. ...