Un salarié indemnisé pour avoir « manqué de travail »

C’est une grande première : une entreprise vient d’être condamner à indemniser un salarié car elle ne lui donnait pas assez de travail.  

On connaissait le « burn-out », un épuisement suite à une charge trop importante de travail. Mais l’on connait beaucoup moins son cousin, le « bore-out » qui est un épuisement par l’ennui. La justice vient de rendre un verdict intéressant : elle condamne une entreprise à verser 50 000€ à un ex-salarié pour harcèlement moral. Elle a été reconnue coupable de ne pas lui avoir donné assez de travail. 

« Payé à ne rien faire »

Frédéric Desnard travaillait chez Interparfums, une entreprise spécialisée dans la conception et la distribution de parfums sous licence. L’intitulé de son poste :responsable des services généraux.  

J’étais M. Solutions, de la réparation de la lampe grillée à la supervision de certains contrats ou des dépenses de voyage. 

 

Seulement, l’entreprise perd l’un de ses plus gros clients en 2010 et le nombre de tâches de Frédéric se réduit considérablement. Pendant quatre, il est licencié en 2014, il constate une mise au placard. 

Dix minutes, vingt minutes : c’était atroce parce qu’après vous avez le dégoût de vous-même, vous ne pouvez pas imaginer qu’on puisse vous payer à ne rien faire et donc vous avez des idées de suicide très régulières. J’ai eu beaucoup moins de tâches à faire car les assistantes de direction qui me confiaient auparavant des missions ont commencé à préférer les faire elles-mêmes. Chacun essayait de justifier l’importance de son poste.  

 

Des accusations que réfutent formellement son ex-employeur.  

Il y a beaucoup de choses à faire. C’est peut-être son impression, mais sachez qu’il était très occupé. 

 

Si Frédéric ne passe pas à l’acte, il constate que sa santé se dégrade jusqu’à lui faire apparaître des crises d’épilepsie. En mars 2014, alors qu’il est au volant de sa voiture, il fait un malaise et provoque un accident. En arrêt maladie pendant six mois, il est licencié pour « absence prolongée perturbant le bon fonctionnement de l’entreprise de façon importante et durable, et obligeant l’employeur à pourvoir à son remplacement définitif et total ». 

Le « bore-out » officiellement reconnu

C’en est suivi l’ouverture d’un long combat juridique pour faire reconnaître le lien entre sa santé et sa situation professionnelle. Interparfums avait été condamné par le tribunal prud’hommal de Paris à payer 50 000€ d’indemnités pour « licenciement nul » résultant de « l’existence d’un harcèlement moral » avec une « pratique de mise à l’écart« . 

Pour autant, jamais le mot « bore-out » n’a été prononcé au tribunal. On parle plutôt d’épuisement, de fatigue. Au même titre que le « burn-out », il n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. Mais pour Frédéric Desnard, c’est déjà une victoire car ce jugement ouvre la voie à une prise en compte de ce phénomène.  

Cela ouvre l’opportunité à l’État, à la Sécurité sociale, à tous les organismes, de pouvoir réfléchir à la reconnaissance du burn-out et du bore-out dans les prochaines années. Parce que de toutes façons, c’est une lame de fond qui va se déployer, on sera obligé de reconnaître ce phénomène. La seule question est : quand ? 

 

Les deux parties ont tout de même décidé de faire appel. Pour Frédéric qui est maintenant reconnu comme épileptique, « 50 000€ n’est pas le prix d’une vie humaine« , lui qui ne travaille plus depuis quatre ans.  

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