Réforme du Medef : un nouveau coup (fatal ?) porté au paritarisme

Alors que l’assemblée générale du Medef doit se tenir le 2 juillet prochain, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l’organisation depuis maintenant près d’un an, vient de dévoiler les principaux axes de la réforme structurelle interne qu’il entend mettre en oeuvre.

 

Cette réforme pourrait bien achever définitivement le paritarisme tel qu’il existe en France depuis les Trente Glorieuses. 

Pour un Medef auto-financé en 2023

La mesure la plus spectaculaire que M. Roux de Bézieux compte appliquer concerne le financement du Medef. « Notre objectif est de tirer 100 % de nos ressources des cotisations des entreprises et de nous délester de dispositifs non encadrés par la loi » assure-t-il ainsi. D’ici 2023, Geoffroy Roux de Bézieux veut donc que la principale confédération patronale ne compte plus sur l’argent public, distribué dans le cadre de la gestion des organismes paritaires, pour financer son fonctionnement – actuellement, 12 % du budget du Medef, soit 4,4 millions d’euros, sont issus de fonds publics. Le manque à gagner serait compensé par de nouvelles adhésions et de nouveaux services aux adhérents. 

Quoi que l’on pense, sur le fond, de la légitimité ou non de l’objectif fixé par M. Roux de Bézieux, une chose est certaine : l’atteindre contribuera nécessairement à remettre en cause l’intérêt que le paritarisme peut représenter aux yeux des dirigeants du Medef.  

Des professions moins puissantes

Parallèlement à cette mesure, Geoffroy Roux de Bézieux juge opportun de réévaluer la place des territoires dans les instances organisationnelles, au détriment de celle des fédérations. Après réforme, les territoires bénéficieraient non plus de 30 % mais de 40 % des voix au conseil exécutif et à l’assemblée générale du mouvement. Une « assemblée des territoires » serait d’ailleurs créée. Ainsi, le président du Medef – dont on se souvient qu’il n’avait guère dû son élection à des soutiens fédéraux massifs… – entend-il s’attaquer à l’influence des fédérations sur les prises de décision confédérales. On relèvera d’ailleurs que M. Roux de Bézieux veut revoir le système de financement des campagnes présidentielles du Medef, afin de permettre aux candidats non présentés par une fédération de pouvoir faire malgré tout le poids. 

Là encore, quel que soit le jugement que l’on porte fondamentalement sur ces mesures, on notera qu’elles sont de nature à bousculer l’approche du fait paritaire qui est celle du Medef. S’apprêtant à accorder moins d’importance politique aux professions, il pourra en effet plus difficilement, par conséquent, s’ériger en négociateur de l’interprofessionnel. 

Les sirènes de la moraline

Enfin, dans un autre domaine, plus symbolique celui-ci, les dispositions « sociétales » de la réforme organisationnelle voulue par Geoffroy Roux de Bézieux peuvent, elles aussi, être analysées comme allant dans le sens d’une réévaluation des horizons de l’action du Medef. Soucieux, semble-t-il, de s’adapter à l’air du temps, il a promis de féminiser la représentation patronale – à hauteur de 30 % – d’ouvrir un « dialogue permanent » avec les ONG et de permettre l’élection à la présidence du Medef de personnalités ayant non plus seulement la nationalité française mais l’une des nationalités de l’Union Européenne.  

Cédant quelque peu aux sirènes de la moraline contemporaine, Geoffroy Roux de Bézieux envoie, surtout, le signal selon lequel, pour son avenir, le Medef se penche désormais plus sur les problématiques de la société soi-disant « ouverte », que sur les problématiques sociales plus spécifiquement françaises – qui sont, notamment, au fondement du paritarisme que nous avons hérité des Trente Glorieuses. 

Fort malmené par les pouvoirs publics depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, le paritarisme tel que nous le connaissons en France depuis les années 1960 pourrait être ainsi définitivement achevé par la réforme du Medef. 

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