Pénicaud bientôt sacrée reine de l’URSSAF et de la complexification

Muriel Pénicaud a dévoilé ce matin son plan de réforme pour la formation professionnelle, le serpent de mer pour tous les gouvernements qui se succèdent. On avait cru à un peu de libéralisation. On assiste à une étatisation. Dommage. 

S’agissant de la formation professionnelle, sujet ésotérique par excellence, Muriel Pénicaud avait déjà renoncé, dès l’automne, à toucher au vrai problème de l’opacité: celui de la distinction mystérieuse entre apprentissage et professionnalisation, à laquelle personne ne comprend rien. Ce mystère est d’autant mieux entretenu qu’il permettait à tout le monde d’aller à la gamelle : les établissements d’enseignement initial avec la taxe d’apprentissage, et les partenaires sociaux avec la contribution obligatoire à la professionnalisation. 

Pour compenser sa timidité, vérifiée également sur la réforme de l’assurance-chômage, Muriel Pénicaud avait annoncé un big bang sur la formation professionnelle. Celui-ci était supposé avoir lieu ce matin. En fait, c’est plutôt à la naissance d’un trou noir qu’on a assisté: celui d’une étatisation grandissante de la formation professionnelle. 

 

Pénicaud crée une nouvelle obligation pour les entreprises

Officiellement, Muriel Pénicaud a pris une première mesure neutre pour les entreprises: elle a transformé les crédits d’heures de formation des salariés en crédits monnayables (500 euros par an plafonné à 5.000 euros). Jusqu’ici, les partenaires sociaux avaient toujours refusé de mener ce genre d’opération, pour une raison simple: la monétisation suppose un provisionnement dans les comptes, qui va coûter cher aux entreprises.  

Par exemple, une entreprise qui procède au licenciement de 1.000 salariés qui n’auraient pas liquidé leurs droits à formation pendant trois ans devrait provisionner 1,5 millions d’euros supplémentaires. Ce petit détail, bien connu des partenaires sociaux, est malheureusement à rebours de la flexibilité souhaitée par le président. D’un côté, on facilite les procédures collectives, de l’autre on les complique. Incorrigible manie réglementante des pouvoirs publics. 

 

Pénicaud sacrée reine de l’URSSAF

Mais l’innovation prétendument la plus audacieuse de Muriel Pénicaud restera une mesure… d’étatisation particulièrement sanglante: la collecte des contributions obligatoires des entreprises en matière de formation professionnelle par les URSSAF en lieu et place des OPCA, et en même temps que la taxe d’apprentissage. 

Concrètement, cette mesure revient à confier aux URSSAF le pouvoir de collecter des contributions qui n’avaient pas acquis jusqu’ici le statut de prélèvements obligatoires au sens constitutionnel du terme. Ceci se fait bien entendu au nom de la simplification, dont on verra tout à l’heure l’ambiguïté. 

En soi, la mesure n’est pas choquante. Elle consiste simplement à étatiser un dispositif. Après la bascule définitive du RSI dans le régime général, qui fait les beaux jours de l’URSSAF, voici une nouvelle mission en perspective qui permet de centraliser définitivement entre les mains d’un opérateur contrôlé par l’Etat des opérations qui relevaient jusqu’ici de la transaction privée. 

 

Le faux argument de la moralisation du financement

On trouvera dans une presse mal informée un argument bidon sur ce sujet. Il s’agirait de moraliser les fonds de la formation professionnelle mal utilisés, paraît-il, par les OPCA, les organismes chargés à ce jour de la collecte. 

Le problème est que l’URSSAF collectera bien les fonds, mais ne sera pas habilitée à les dépenser. Les salariés continueront à « consommer » de la formation à partir d’une offre qu’il faudra bien payer. Or, si l’URSSAF collectera les montants nécessaires pour financer ces stages de formation, elle ne sera guère équipée pour liquider les factures au vu de la participation réelle des salariés. 

Etatisation et complexification

Si l’on examine les choses de près et d’un point de vue un peu opérationnel, on se demandera même quelle simplification cette mesure apporte. Soyons clairs: elle devrait même apporter beaucoup de complexification dans un système qui n’en manquait pourtant pas.  

Concrètement, l’URSSAF va collecter les contributions obligatoires des entreprises à la formation professionnelle (de l’ordre de 1,5% de la masse salariale). Mais l’enjeu n’est pas de collecter, mais de former! Ce petit point semble avoir échappe aux crânes d’œuf qui ont conçu la réforme. 

Donc, lorsque l’URSSAF aura versé sur un compte en banque les 7 ou 8 milliards d’euros de la collecte annuelle, qu’en fera-t-elle? Elle se tournera naturellement vers les OPCA pour qu’il rembourse les formations présentées au guichet par les entreprises adhérentes.  

Dans l’esprit de Muriel Pénicaud, les OPCA seront mis en concurrence avec des opérateurs « libres ». On suivra cette réforme de près, car elle pose plus de problèmes techniques qu’on ne croit.  

D’ici là, et dans tous les cas, d’un système où il existait un intermédiaire (l’OPCA), on basculera dans un système où il en existera deux (l’URSSAF et les OPCA). Tu parles d’un big bang, Muriel!  

C’est un nouveau trou noir que tu viens de créer, et pas un salarié n’y sera gagnant. On devait simplifier, on fait exactement l’inverse.  

Rendez-vous dans 5 ans pour la prochaine réforme tout aussi absurde. 

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmark Close
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

MECSS 2026 : la Direction Générale du Trésor parle transfert de charges et solvabilité

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #12 : les grandes actus de la rentrée

Lancer la vidéo

PSC au sein des GIP : David Amiel répond à Nadège Havet

Lancer la vidéo

Le pouls des CCN #4 : zoom sur le médico-social non lucratif

You May Also Like

La CCN des métiers de l’éducation ECLAT crée deux certificats complémentaires

Les partenaires sociaux de la CCN des métiers de l’éducation, culture, loisirs et animation agissant pour l’utilité sociale et environnementale, au service des territoires ECLAT (IDCC 1518) ont conclu deux accords de branche pour créer des certificats complémentaires. Tous datés du 18 juin 2026, les textes ont pour objet de créer les nouveaux certificats complémentaires :...

Les salaires évoluent dans les coopératives agricoles – fruits et légumes transformés et conserveries

Un avenant n°7 sur les salaires a été conclu dans la CCN unifiée des coopératives agricoles, unions de coopératives agricoles et SICA, de fleurs, fruits et légumes frais, transformés et conserveries, de teillage de lin-chanvre et de déshydratation (IDCC 7028). Daté du 2 juillet 2026, le texte concerne le secteur particulier des fruits et légumes transformés et conserveries. Il...

La CCN des coopératives agricoles et SICA fixent les salaires dans la filière fleurs-fruits-légumes-frais

La CCN unifiée des coopératives agricoles, unions de coopératives agricoles et SICA, de fleurs, fruits et légumes frais, transformés et conserveries, de teillage de lin-chanvre et de déshydratation (IDCC 7028) vient de publier un avenant salarial n°6 dédié à une filière bien précise. C’est le secteur particulier des fleurs, fruits, légumes frais et pommes de terre qui est...

Un accord de salaires paraît dans la CCN des caves coopératives vinicoles

Dans la convention collective nationale (CCN) des caves coopératives vinicoles et leurs unions (IDCC 7005), les partenaires sociaux ont conclu un avenant n°101 sur les salaires. Ce texte est daté du 16 juin 2026 et il modifie la grille des salaires minima conventionnels au 1er juin 2026, figurant au point 1, paragraphe 1 de l’annexe II de ladite convention collective ; ainsi que les...

Avis d’extension d’un avenant de prévoyance dans la branche des industries électriques et gazières

Le ministre du travail et des solidarités et le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique envisagent d’étendre, par avis publié le 28 octobre 2026, les dispositions de l’avenant conclu le 23 octobre 2026 relatif à la couverture de prévoyance complémentaire obligatoire pour les salariés statutaires, conclu dans le cadre de la convention collective de la branche professionnelle des...