Le MEDEF dans le piège mortel du chômage pour les démissionnaires

Le MEDEF devrait accepter la mise en place d’une indemnisation chômage pour les salariés démissionnaires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Cette mesure constitue une défaite idéologique historique pour les entreprises. Son coût global pour la rationalité économique sera sans commune mesure, d’autant que les entreprises n’en retireront aucune contrepartie.

Selon toute vraisemblance, un accord sur l’assurance chômage devrait être signé dans les prochaines semaines. Il prévoira sans doute la possibilité pour les salariés qui démissionnent avec un projet professionnel construit de percevoir une indemnité chômage pendant une durée de plusieurs mois. 

Pour les partenaires sociaux, cette formule devrait remplacer l’improbable Congé Individuel de Formation (CIF), qui permet de financer des projets professionnels par une intervention des fonds de la formation professionnelle. Les dégâts seront donc limités par rapport aux idées initiales d’Emmanuel Macron.  

Faut-il pour autant s’en réjouir? 

Le chômage des démissionnaires ou l’enjeu historique des entreprises

Encore aujourd’hui, dans la construction marxiste et post-marxiste de la société, le patron est celui qui licencie ses salariés pour augmenter ses profits. On connaît tous la thématique des licenciements boursiers, agitée à chaque plan de licenciement collectif dans une entreprise bénéficiaire: le licenciement est l’arme suprême entre les mains du patron pour augmenter sa plus-value.  

Dans un pays où 3,5 millions d’actifs sont des chômeurs plus ou moins indemnisés, on mesure les dégâts de cette image d’Épinal. Le chômage, c’est la faute des patrons qui virent les gens. Ce ne peut évidemment pas être la faute à un univers qui pénalise l’emploi. 

En préconisant la mise en place d’un chômage pour les démissionnaires, Emmanuel Macron a eu la bonne idée de mettre un pavé dans la mare de cette légende urbaine. Tout à coup, un Président de la République sous-entend que certains salariés rêvent d’être au chômage, mais que leur employeur refuse de les licencier. Donc, il faut les aider à démissionner.  

Le MEDEF aurait dû capitaliser sur cette inversion des valeurs. Non, les patrons français ne sont pas des licencieurs en série! Au contraire, ils ne licencient pas assez. Ils licencient tellement peu qu’il faut désormais aider les salariés qui ne parviennent pas à se faire virer.  

Pour les entreprises, l’occasion était rêvée de corriger en profondeur leur image. Il fallait ici négocier chèrement cette innovation baroque. 

Le chômage des démissionnaires en période de pénurie de main-d’oeuvre

Le chômage des démissionnaires est une aberration, et même un suicide économique. Car, contrairement aux préjugés propagés par les bien-pensants, 3,5 millions de chômeurs ne font pas 3,5 millions de candidats acharnés à un emploi. Tous les recruteurs en font chaque jour la triste et pathétique expérience.  

La réalité de l’économie française est qu’elle cumule un chômage de masse et une profonde pénurie de main-d’oeuvre. C’est particulièrement vrai sur les emplois qualifiés auxquels l’Éducation Nationale ne parvient pas à préparer nos jeunes.  

Les entreprises qui peinent si souvent à recruter des équipes instables vont une fois de plus être pénalisées par l’innovation qui s’annonce. Ceux qui rêvent de quitter leur emploi pour vivre leur fantasme d’élever des chèvres dans le Larzac, à qui leur patron refuse depuis plusieurs mois une rupture conventionnelle, pourront désormais partir. Et leur employeur devra à nouveau se coltiner l’inconvénient d’aller à la pêche aux candidats tous plus improbables les uns que les autres.  

C’est une misère de voir un mouvement patronal soutenir cette punition collective.  

Quand le MEDEF prête la main aux politiques contre l’emploi

On comprend bien l’engrenage complexe qui pousse le MEDEF à prêter la main à ce genre de suicide collectif. L’UNEDIC est paritaire et il importe aujourd’hui de répondre à la menace macronienne d’étatiser purement et simplement l’assurance chômage. D’autant que l’UNEDIC continue à financer les partenaires sociaux en dépit de la loi de mars 2014 qui visait à supprimer ces circuits de financement discrets.  

Pour garder quelques cordons honorifiques autour du cou et quelques trésors de guerre, le MEDEF est prêt à sacrifier l’intérêt général des entreprises françaises. Voici une nouvelle illustration des effets toxiques produits par le paritarisme de gestion, qui conduit au fil des ans à préférer les intérêts des machines bureaucratiques à l’intérêt des entreprises et des salariés.  

On le regrettera une nouvelle fois. Depuis de trop nombreuses années, la France confond syndicalisme et circuit de financement des syndicats. Pour sauver ceux-ci, on en vient à endosser des absurdités gouvernementales qui font le jeu du chômage de masse, et qui donnent aux salariés l’illusion qu’ils vivent dans un monde où ils peuvent être toujours plus protégés sans jamais payer le prix de cette protection.  

Le réveil sera tôt ou tard très douloureux.  

Ajouter aux articles favoris
Please login to bookmarkClose
0 Shares:
Découvrez nos analyses et capsules vidéos
Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : Stéphanie Rist défend le principe de la taxe Ocam

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #2 : Le point sur les catégories objectives dans les CCN

Lancer la vidéo

PLFSS 2026 : rejet du socle solidaire et responsable par Thibault Bazin

Lancer la vidéo

Webinaire Tripalio #6 : les grandes actualités CCN santé-prévoyance de la rentrée 2026

You May Also Like

Arrêt de travail et changement d’assureur : enfin une position commune des Ocam

La Mutualité française, France Assureurs et la FIPS se sont mis d'accord sur une position commune concernant la façon dont les salariés en arrêt de travail sont pris en charge dans une situation bien particulière. Cette position commune harmonise ainsi la procédure lorsqu'un contrat de prévoyance collective est résilié pendant la période de franchise d'un salarié en arrêt de travail. Les représentants des organismes...
négociations négociation
Lire plus

La cote des représentants des salariés augmente dans les entreprises

Les salariés des entreprises privées ont une meilleure opinion de leurs représentants d'après une étude publiée au début de l'année par le service statistique du ministère du travail, la Dares. Cette étude met toutefois en avant une différence certaine entre les représentants du personnel est les syndicats. Les premiers sont jugés plus favorablement que les seconds. L'étude donne également le point de vue bien différent des directions d'entreprises et des représentants du personnel eux-mêmes. ...

Avis d’extension d’un avenant à un accord dans le courtage d’assurances et/ou de réassurances

Le ministre du travail et des solidarités, envisage d’étendre, par avis publié le 5 février 2026, les dispositions de l’avenant du 11 décembre 2025 à l'accord du 12 mai 1999 relatif à la réduction et aménagement du temps de travail pour le personnel d'encadrement, conclu dans le cadre de la CCN de la branche du courtage d’assurances et/ou de réassurances (...