« Gilets jaunes » : la défiance de Philippe Martinez (CGT) quelque peu remise en cause en interne

Alors qu’au début du mouvement des « gilets jaunes », Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, s’était distingué en le décriant comme étant initié par l’extrême-droite, après près de deux semaines d’une mobilisation qui semble s’enraciner dans le peuple, la direction cégétiste a changé de partition. Plus ouverte à l’égard des « gilets jaunes », elle prend acte des formes de convergence des luttes qui se font jour un peu partout. 

De la défiance à la coexistence…

Pour mémoire, fin octobre, la CGT avait publié un communiqué – qu’elle a d’ailleurs dépublié de son site internet peu après… – où elle prenait très clairement ses distances avec la mobilisation des « gilets jaunes » annoncée pour le 17 novembre. Elle la qualifiait, avec un sens certain de la nuance, de « mobilisation d’extrême-droite ». Un mois après cette prise de position peu amicale, la centrale dirigée par Philippe Martinez s’apprête pourtant à défiler demain à Paris, soit le même jour que des « gilets jaunes », avec des mots d’ordre en partie proches. Certes, la CGT appelle à se rassembler place de la République à partir de 12 heures, puis à rejoindre le siège de l’Unédic, rue Traversière dans le XIIème, tandis que les « gilets jaunes » devraient se retrouver sur les Champs-Elysées : les deux cortèges seront donc bien distincts. Il n’empêche : la CGT contribuera à l’agitation sociale à Paris, en même temps que les « gilets jaunes ». 

… puis au rapprochement ?

Surtout, il n’est pas à exclure que de nombreux manifestants en viendront à ne pas bien faire la distinction entre les deux cortèges. Il est, sans doute, très improbable d’imaginer M. Martinez prêter main forte sur les Champs-Elysées. Ceci étant dit, des éléments de la CGT pourraient fort bien se trouver dans cette situation. D’ailleurs, des rapprochements de ce type commencent à avoir lieu ici ou là en province, comme à Orléans, à Caen, à Toulouse, à Narbonne, à Tours ou en Alsace. De nombreux autres cas devraient être observés demain, du moins là où des défilés syndicaux seront organisés. Il faut dire qu’au niveau local, de nombreux « gilets jaunes » sont des salariés, et qu’ils peuvent donc potentiellement se retrouver dans des revendications syndicales – de ce point de vue, la position initiale de la direction de la CGT à leur égard était illisible. 

Des engagements fédéraux encore limités

Dans l’état actuel des choses, la position confédérale a toutefois peu de chances d’évoluer vers la promotion d’un rapprochement avec les « gilets jaunes ». Il est vrai que plusieurs fédérations donnent des signes de fébrilité mobilisatrice : la fédération CGT du textile a ainsi fait savoir qu’elle soutenait les « gilets jaunes », tandis que d’autres professions, stratégiques, comme le pétrole ou les ports et docks, bandent les muscles, avec l’organisation d’une grève nationale bien suivie de près de dix jours dans le premier cas et la prévision d’une grève pour décembre dans le second cas. Pour autant, ces exemples demeurant pour l’heure limités et, hormis dans le cas du textile, portant sur des revendications propres aux secteurs concernés, la direction confédérale n’y voit pas encore de motifs suffisants pour revoir sa stratégie en profondeur.  

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