Faut-il s’inquiéter de l’inconsistance politique de Muriel Pénicaud?

Voilà qui finit quand même par poser problème. L’Assemblée Nationale débat des ordonnances sur le marché du travail, et la ministre aborde le débat comme une directrice des ressources humaines. Elle esquive les sujets et revient sans cesse à des explications techniques sans vision politique, laissant le champ libre à la France Insoumise pour distiller sa conception des rapports sociaux.  

Ainsi, l’Assemblée a abordé mardi soir le débat délicat du referendum d’entreprise. Le sujet est politiquement et socialement sensible, parce qu’il revient à contester le monopole syndical dans la négociation des accords collectifs.  

On peut évidemment être favorable à cette solution du recours au référendum. Mais le sujet mérite d’être expliqué dans toutes ses dimensions. La question du monopole syndical était en effet extrêmement sensible et surtout « portante » dans la conception française traditionnelle du dialogue social. Tout mouvement dans ce domaine a un impact systémique dont il importe de prendre la mesure: la physionomie d’un dialogue social en entreprise fondé sur une consultation directe des salariés ne peut être identique à celle d’un dialogue intermédié par les syndicats.  

Les lecteurs de ces colonnes savent que la fin de l’intermédiation syndicale obligatoire n’est pas une idée qui nous rebute. En revanche, il appartient aux élus de savoir clairement par quoi il remplace l’équilibre actuel. Il leur importe de le savoir et d’en débattre devant la Nation, voire avec la Nation.  

En particulier, il faut comprendre quel sera l’équilibre de demain et sur ce quoi il sera fondé. Veut-on effectivement marginaliser le rôle des organisations syndicales dans la négociation collective? ou veut-on simplement ajouter du dialogue là où l’absence de délégué syndical l’empêche aujourd’hui? 

Toutes ces questions sont du ressort du ministre du Travail et il appartient à celle-ci d’y apporter des réponses élémentaires. Sur ce point, on voit bien que la ministre actuelle est de bonne composition, qu’elle n’est pas fermée à l’exercice, mais qu’elle n’est politiquement pas prête à l’assumer. 

Ce faisant, la place est laissée libre à la France Insoumise pour distiller sans véritable contradiction un poison qui percole. Face à une absence politique de fait, s’impose un discours où une histoire mensongère mais efficace est racontée: celle d’un dialogue social qui serait biaisé lorsqu’il n’est pas précédé de luttes sanglantes. Celle d’un monde où l’employeur est l’ennemi et où le sauveur de l’entreprise est le salarié en grève, toujours injustement discriminé et insuffisamment protégé.  

Face à la parole quasi-religieuse de la France insoumise, où le saint-dicaliste est en permanence heurté au diable patronal, Muriel Pénicaud laisse dire. C’est le réflexe du directeur des relations sociales en entreprise, qui évite la confrontation pour obtenir un accord. Ce n’est pas l’attitude d’un ministre qui montre la voie et éclaire le sens.  

Le pire est à craindre.  

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