La réforme des retraites n’est pas encore dévoilée que, déjà, elle a du plomb dans l’aile. Alors que Jean-Paul Delevoye, qui s’est arc-bouté sur l’idée d’un « âge pivot » plus tardif que l’âge légal de départ pourrait être nommé ministre des Pensions, Emmanuel Macron vient de « lâcher du lest » sur le sujet au journal de France 2. Le Président insiste soudain sur la durée de cotisations, suscitant une riposte immédiate du MEDEF et de son président. Une fois de plus, l’idée d’un grand régime universel et solidaire de retraites suscite la résistance du pays profond. Et les semaines à venir ne devraient pas apaiser les tensions. La réalité est que les Français ne veulent pas d’une sécurité sociale universelle.
C’est, depuis toujours ou presque, le paradoxe français. Tout le monde vante les mérites de la solidarité, de la sécurité sociale, de la nation une et égale, etc. Tout le monde vomit les caisses de retraite professionnelle, et tout le monde veut un système juste. Mais dès qu’il s’agit de passer à l’acte, chacun a un bon argument pour expliquer que le statu quo, c’est-à-dire l’existence de plusieurs dizaines de caisses avec des règles différentes, est bien plus favorable que la sécurité sociale universelle voulue, paraît-il, par le Conseil National de la Résistance.